La blockchain une révolution de l’intermédiation

Merci à Hervé Guimon et Jean-Louis Lathière

Mémoire rédigé dans le cadre du MBA Management de la performance

Pour une présentation PPT
La blockchain une révolution de l’intermédiation

Table des matières

REMERCIEMENTS. 3

RESUME. 4

INTRODUCTION.. 5

1       Cadres explicatifs : le fonctionnement actuel des transactions dans les entreprises et le rôle des tiers de confiance. 8

1.1        La théorie de l’agence. 9

1.2        Les coûts d’agence. 10

1.2.1         Les coûts relatifs à la divergence d’intérêts : 10

1.2.2         Les coûts relatifs à l’opportunisme des agents. 11

1.3        La théorie des coûts de transaction. 12

1.3.1         Les coûts de rédaction liés au contrat 13

1.3.2         L’opportunisme des parties – coût de contrôle. 13

1.3.3         Les frais de contentieux. 14

2       L’innovation disruptive : la blockchain au travers de la revue de littérature. 16

2.1        Les origines techniques. 16

2.1.1         La signature électronique. 17

2.1.2         Les monnaies complémentaires, monnaies numériques anonymes. 18

2.1.3         La libéralisation de la cryptographie privée aux Etats-Unis. 19

2.2        Le contexte idéologique et socio-économique : crise de confiance suite à la crise des subprimes. 19

2.2.1         La protection de la vie privée et indépendance des institutions. 19

2.2.2         La crise financière et monétaire. 20

2.3        Une réaction : la crypto-monnaie, le Bitcoin. 21

2.3.1         L’aventure Bitcoin. 21

2.3.2         Un moyen de paiement ?. 24

2.4        L’émergence de la technologie sous-jacente : la Blockchain et ses multiples applications. 25

2.4.1         Les concepts et la technologie. 25

2.4.2         Les utilisations et l’environnement 28

2.4.3         La Blockchain dans la dynamique contractuelle. 32

2.5        Les smarts contracts. 34

2.5.1         Les principes. 34

2.5.2         La mise en œuvre des Smarts contracts. 35

2.5.3         La remise en cause des couts de transaction grâce au smart contract 36

2.6        La DAO.. 37

2.6.1         Les principes et les impacts potentiels. 37

2.6.2         Les apports de la DAO et des smart contracts. 37

2.7        L’étude Deloitte : état des lieux sur la vision que les entreprises portent à la Blockchain. 39

2.8        Les limites et les perspectives de la Blockchain. 42

LES HYPOTHESES RETENUES. 45

3       Méthode de recherche et terrain : mise en place d’une blockchain à la SNCF. 46

3.1        Méthode de recherche. 46

3.1.1         La phase d’exploration de notre objet de recherche et de notre problématique. 46

3.1.2         L’approche de recherche déductive. 47

3.1.3         La collecte des données primaires. 49

3.1.4         La collecte des données secondaires. 51

3.2        Terrain et collecte de données. 52

3.2.1         La recherche de terrain. 52

3.2.2         Le projet choisi 53

3.2.3         La prise de contact 54

3.2.4         La préparation des entretiens. 55

3.2.5         La réalisation des entretiens. 56

3.2.6         L’utilisation des entretiens. 57

4       Le cas pratique : d’un process manuel et faillible à un système autonome et sécurisé. 58

4.1        L’analyse de la situation initiale : constat par AREP de dysfonctionnements graves. 60

4.2        L’élaboration d’une réflexion. 62

4.3        La solution disruptive : la Blockchain. 67

4.3.1         La mise en place de la blockchain : enregistrement de données et création de smart contracts sur Ethereum.. 67

4.3.2         De la sensibilisation à l’utilisation par les parties. 72

4.4        Les bénéfices pour l’entreprise étudiée. 74

CONCLUSION.. 77

ANNEXES. 80

REMERCIEMENTS

Nous tenons, en préambule, à remercier toutes les personnes qui ont su nous conseiller et nous soutenir pendant la progression de notre mémoire.

Tout particulièrement, c’est à M. Jacques Amar, notre directeur de mémoire, que nous témoignons notre reconnaissance. Il a su susciter notre curiosité puis notre intérêt pour le terrain encore peu exploré de la blockchain. Par son écoute sensible, il a toujours répondu à nos interrogations.

Enfin nous remercions MM. Burdet de la société AREP et Henocque de la société KEEEX qui nous ont donné accès au terrain et nous ont consacré du temps pour la réalisation d’interviews. Sans les informations et la documentation qu’ils ont bien voulu partager avec nous, la construction de notre mémoire n’aurait pas été possible.

RESUME

La réflexion menée dans ce mémoire est centrée sur les origines, le fonctionnement et les extensions potentielles d’une technologie de stockage de données sécurisées et de transmission de l’information qui permet de réaliser des transactions en pair à pair : la Blockchain. Elle a acquis une certaine visibilité pour la première fois, en servant de support technique à une monnaie virtuelle, le Bitcoin en 2008.

Cette innovation numérique de rupture a montré rapidement qu’elle avait le pouvoir de modifier radicalement les modèles économiques classiques en rendant les transactions plus simples, rapides, sécurisées et moins coûteuses et fonctionnant sur un dispositif décentralisé et autonome.

Cette étude aura pour objectif notamment d’établir si les apports de la Blockchain modifieront les coûts des relations contractuelles tels que définis par « la théorie de l’Agence » et « la théorie des coûts de transactions ». L’instauration de données plus transparentes et disponibles par tous, conduira à la réduction de l’asymétrie informationnelle et favorisera l’émergence de nouveaux modes de gouvernance.

La blockchain notamment par les smart contracts a aussi pour ambition de recréer une confiance irréprochable : celle incarnée précédemment par différents experts ou organismes dits « tiers de confiance » qui s’est révélée défaillante en 2008. Ces derniers dans leur rôle de garant devront sans doute évoluer.

Certaines entreprises se sont lancées d’ores et déjà dans l’expérimentation de la blockchain.

La SNCF, face au défi de la gestion efficace des déchets dans les gares, teste cette technologie pour réduire les dysfonctionnements constatés sur la chaîne de tri et de ramassage des déchets sur le site de la gare de Massy TGV. En étudiant ce cas, nos analyses ont mis en évidence les apports et les marges d’amélioration pour l’entreprise et aussi les déploiements désormais possibles.

MOTS CLES : Bitcoin, Blockchain, décentralisé, tiers de confiance, intermédiation, disruption, coûts de transaction, coûts d’agence, signature électronique

INTRODUCTION

L’Histoire du commerce remonte à l’origine de l’humanité. En premier lieu, il se tient au sein d’une ou plusieurs tribus du même voisinage géographique ; l’échange se fait alors sous forme de troc. Il nécessite l’entente et l’intérêt mutuel des deux parties, mais restreignant ainsi les champs des échanges et souvent débouche sur des conflits.

Le procédé se normalise avec l’aménagement d’un lieu dédié au commerce que sont les places de marché. Avec les premiers intermédiaires, les commerçants qui utilisent un nouveau support, la monnaie créée par le pouvoir central en place. Elle équivaut à une contrepartie correspondant à la valeur de chaque marchandise. Les pièces mises en circulation sont en or ou en argent. Ces métaux précieux constituent une valeur d’échange sécurisant les transactions et favorisant nettement leur développement. La rareté de ce vecteur lui confère toute sa valeur d’où la confiance naîtra.

Désormais, les échanges se font à l’échelle mondiale, les nouvelles routes commerciales favorisent la multiplication et la diversification des biens disponibles. Ce changement de dimension rend très difficile les contrôles précédemment assurés par les parties elles-mêmes.

En réponse à cet écueil, il devient nécessaire de faire appel à des intermédiaires et des tiers de confiance toujours plus nombreux. Leur mission est double : apporter les conditions d’un échange sécurisé et sans risque de perte. Il doit être également le moins coûteux et le plus rapide possible. L’Etat met en place des structures institutionnelles : notaire pour un transfert de propriété, avocat pour la rédaction d’un contrat ou le règlement d’un contentieux et bien sur les banques pour les transactions financières.

Les institutions, au sens large, règles formelles (lois) et informelles (normes sociales) sont alors érigées en leviers économiques amenant à la garantie de croissance des sociétés.

Pour le prix Nobel d’économie en 1993, Douglass North (1920-2015), les institutions qui sont « des contraintes humainement conçues qui structurent les interactions politiques, économiques et sociales sont essentielles à la croissance économique des pays ».

Dès lors les banques centrales qui émettent désormais la monnaie qui a remplacé l’or et les banques commerciales qui veillent à la disponibilité des liquidités et à la gestion des moyens de paiement deviennent de manière incontournable partie prenante de toute transaction. Ce sont elles qui authentifient notamment la solvabilité des parties. Ces interventions et contrôles, qui en augmentant sensiblement les délais, représentent désormais une part importante dans les coûts de transactions.

Afin de réduire ces charges, le secteur bancaire a su très vite adopter les nouvelles technologies : l’informatique et internet. Celles-ci leur facilitent la communication et raccourcissent les temps de traitement.

Selon Yvon Lucas[1] : « Les moyens de paiement ont suivi l’évolution des échanges commerciaux. On peut noter qu’au fil du temps, les développements ont été réalisés afin de répondre à trois principaux objectifs : la sécurisation, la rapidité d’exécution et enfin la dématérialisation ».

Lors de la crise financière dite crise des subprimes, en 2008 l’édifice financier mondial est ébranlé et débouche sur une grave crise de confiance. Celle-ci, aggravée par la révélation de la fraude de Bernard Madoff (pyramide de « ponzy »), puis renforcée par les lanceurs d’alerte de tous horizons (l’affaire Snowden en 2013) déclencheront la généralisation de la défiance à l’égard de l’ensemble des institut

On voit apparaître de nouveaux acteurs économiques en recherche de processus innovants pour s’affranchir des circuits classiques qui ont fait faillite. L’utilisation d’Internet et l’émergence des plates-formes centralisées (Uber, ebay) constituent une première tentative de réponse à même de rassurer les acheteurs et les vendeurs. La dématérialisation des échanges a certainement permis de poursuivre la démarche de réduction des coûts et d’améliorer de façon significative la réactivité et la satisfaction des parties.

La confiance émerge des comportements d’une communauté et non plus de l’intervention de tierces personnes extérieures (taxi pour Uber, commissaire-priseur pour des ventes aux enchères ebay). Mais cette innovation incrémentale (Clayton Christen, 1995[2]) ne procède que d’une substitution : un organe central a repris les fonctions des experts.

Mais l’édifice mondial du commerce a été secoué en profondeur, une réflexion généralisée est en cours. Quelques précurseurs des « illuminés » diront certains, construisent le protocole blockchain et commencent à l’utiliser à la fin de 2008, en réaction à la crise de confiance placée dans les institutions et organisations humaines supervisant les échanges commerciaux et financiers via des systèmes d’information centralisés.

Primavera de Philippi[3] la définit ainsi : « Littéralement, une blockchain désigne une chaîne de blocs, des conteneurs numériques sur lesquels sont stockées des informations de toute nature : transactions, contrats, titres de propriétés, œuvres d’art. L’ensemble de ces blocs forme une base de données semblable aux pages d’un grand livre de comptes ».

Louis de Méneval et Simon Perlot précise également que : « La blockchain registre partagé de transactions enregistrées, garantit le caractère immuable et Infalsifiable et non duplicable des inscriptions. Cette technologie émergente permet également la création d’actifs numérique ».

A la défaillance des banques, répond une « cryptomonnaie » ou « monnaie virtuelle » conçue hors de l’intervention d’un Etat et la garantie d’une Banque Centrale. Satoshi Nakamoto[4], pseudonyme derrière lequel se cache le ou les créateurs de la blockchain Bitcoin, expose sa méthode.

Il part du postulat suivant : « On ne peut faire confiance à l’humain car il commet des erreurs et il a naturellement tendance à poursuivre ses propres intérêts afin de tirer parti des informations dont ils disposent à son seul bénéfice ». Pour lui la technologie permet ce qui était irréalisable avant : Un échange d’actifs entre acteurs qui ne se connaissent pas était impossible sans l’intervention d’un intermédiaire (autorité centrale) pour en assurer la sécurisation et la validation.

C’est la recherche de réponses à la question : La blockchain est-elle une révolution de l’intermédiation et représente-t-elle un gain pour les entreprises au détriment des tiers de confiance ? que nous avons articuler notre mémoire.

Nous nous sommes intéressés tout au long de notre étude, au contexte de la création de cette technologie disruptive, de ses déploiements, et au travers d’exemples d’expérimentation en entreprises, à ses apports sur un éventail de secteurs d’activités.

Ce mémoire a pour thématique la Blockchain, technologie de stockage et de transmission de l’information, apparue en 2008, pour réaliser des transactions décentralisées en toute sécurité.

Avant d’examiner ce en quoi la blockchain constitue une innovation disruptive, nous allons retracer l’état actuel des échanges. Ils sont encore souvent régis par une optimisation limitée, « incrémentale », des relations contractuelles.

1        Cadres explicatifs : le fonctionnement actuel des transactions dans les entreprises et le rôle des tiers de confiance

Une notion fondamentale irrigue toute la problématique des relations entrepreneuriales : la « confiance ». C’est une espérance de fiabilité dans les conduites humaines qui précèdent et déterminent la possibilité de l’échange (E. Laurent 2012[5]). Cette idée débattue lors d’un colloque à Lyon en 1998 « Confiance et gestion » mettait en exergue les travaux de A. Breton et R. Wintrobe (1982[6]). Ce facteur comportemental, hautement psychologique doit, pour autant s’étayer concrètement au travers du chaînage contractuel.

Actuellement tous les systèmes qui reposent sur la confiance impliquent la présence d’un tiers de confiance. Ce dernier s’assure que toutes les conditions sont réunies pour réaliser la transaction et son exécution en conformité avec les contrats signés et la législation en vigueur. Les banques sont probablement les tiers de confiance les plus connus avec les avocats, les notaires et les experts comptables. Etant donné l’importance de leur rôle dans l’économie, les tiers de confiance sont eux-mêmes agrées par un régulateur (l’AMF – Autorité des Marché Financier certifie des salariés des banques, l’administration fiscale agrée des tiers de confiance parmi les membres de professions réglementées d’avocat, notaire ou experts comptable – article 170 ter du code Général des impôts). Tout en haut de la chaîne de confiance, l’Etat est le garant de la cohérence et de la stabilité de l’ensemble du système.

Ainsi, inscrits dans l’architecture conceptuelle des échanges des entreprises visant à satisfaire leurs besoins financiers, tout en réduisant leurs coûts, les tiers de confiance se trouvent au cœur de deux théories économiques. Elles se sont efforcées de répondre à ces enjeux de manière optimale : la théorie de l’agence et la théorie des coûts de transaction.

1.1        La théorie de l’agence

Il faut entendre le terme « agence » dans le sens étymologique d’agent « celui qui fait », « qui s’occupe ».

Dès 1976, Michael C. Jensen et William H. Meekling[7] définissait la relation d’agence comme un nouveau type de relation contractuelle par laquelle un groupe d’acteurs dit « le principal » (soit les actionnaires d’une entreprise) engage une personne dite « l’agent » (soit le dirigeant) pour agir en son nom. Il lui délègue une partie de l’autorité de la prise de décision.

En outre, l’application contractuelle se complexifiera avec le comportement potentiellement divergent des deux acteurs : si chacun veut maximiser ses propres intérêts, une des parties (l’agent) peut être tentée de tirer profit de l’incomplétude des contrats (G. Charreaux, A. Couret, P. Joffre 1987[8]). Un contrat est incomplet quand il n’est pas possible de prévoir ce qui va se passer dans tous les cas de figure potentiels. Dès lors, quand une circonstance imprévue se produit, peut s’ouvrir une nouvelle négociation afin de fixer une interprétation ou de redéfinir des termes contractuels. Cette renégociation constitue le concept central de la théorie des contrats incomplets. En effet, personne ne serait capable de vérifier ex post l’état de certaines variables, du fait notamment de l’imperfection de l’information. (O. Hart et J. Moore 1990[9]). Ce postulat peut s’apparenter à celui posé par O.E. Williamson sur la rationalité limitée des agents (examinée infra avec les coûts de rédaction liés à la rédaction de contrats). Notons toutefois que les fondements de la théorie des contrats incomplets sont toujours en débat (E. Maskin et J. Tirole, 1999[10], O. Hart et J. Moore, 1999[11]).

En tout état de cause, l’ambivalence des acteurs s’invite dans l’exécution littérale contractuelle : la divergence de leurs intérêts conduit le principal (actionnaire) à valoriser ses dividendes, alors que l’agent (dirigeant) peut tenter de s’approprier les ressources de l’entreprise pour servir son développement, voire également la satisfaction de ses besoins personnels.

L’opportunisme de l’agent quant à lui constitue la dérive évoquée, consubstantielle à l’évidente asymétrie informationnelle. Elle est inhérente à cette relation contractuelle, puisque le principal estime l’agent mieux placé que lui pour la gestion. Mais aussi pour bien d’autres co-contractants, ce que l’on appelle la sélection adverse. (P.Y. Gomez, 1996[12]).

Ces éléments comportementaux contribuent directement à l’existence des problèmes d’agence. C’est ainsi que les incertitudes intrinsèques à la délégation de pouvoir entraînent-elles des coûts liés à chaque risque potentiel.

1.2        Les coûts d’agence

Compte tenu de la séparation des rôles entre propriétaires (actionnaires) et dirigeants,                    M.C. Jensen et W.H. Meckling distinguent deux principaux types de coûts liés à la décentralisation de la prise de décision. Il est à noter que les coûts d’agence au sein d’une entreprise naissent également des divergences entre un salarié et son responsable hiérarchique ou un entre les dirigeants et les employés.

1.2.1       Les coûts relatifs à la divergence d’intérêts :

Dans ce paragraphe, nous présenterons les coûts supportés par chacune des parties soit le principal et l’agent afin d’établir une relation de confiance.

  • Les coûts de surveillance sont ceux entrepris par le principal – actionnaire afin de veiller à ce que l’agent– dirigeant n’agisse pas à son détriment. Il s’agit de vérifier la réalisation conforme des missions assignées au mandataire, et celles des objectifs fixés : mise en place de procédures de contrôle, recours à des tiers de confiance tel que des commissaires aux comptes (CAC), des experts comptables externes, audit. L’objectif sera de s’assurer que les décisions prises ont été optimales pour améliorer la performance de l’entreprise et non pour satisfaire l’égo des dirigeants. De son côté, Eugène Fama (1980[13]) afin de réduire les conflits d’intérêts suggère une évaluation en fin de période de la performance du mandataire dirigeant. Elle pourra conduire à une bonification de sa rémunération, devenant très incitative pour une rigoureuse exécution du mandat. Pour établir ce contrat, l’entreprise devra faire appel à un avocat afin de s’assurer de la conformité du document.

Une solution d’un autre type, dans le même but, réside dans la conclusion de contrats à long terme qui permettent de privilégier la consolidation des résultats, en éliminant la tentation d’un profit à court terme.

  • Les coûts de dédouanement, il s’agit des dépenses engagées par le mandataire dirigeant afin de démontrer à son tour au mandant qu’il n’agit pas à l’encontre de ses intérêts, par la bonne qualité de sa gestion. En effet, le dirigeant peut être soupçonné de s’accorder des avantages pris sur les ressources de l’entreprise, mais plus encore de s’octroyer une marge de manœuvre visant à renforcer son pouvoir managérial au profit, moins des intérêts des actionnaires, que de l’entreprise elle-même.

La défense du mandataire le conduit ainsi à argumenter ses projets, formuler ses besoins, à rendre des comptes (bilans, rapports annuels…), source de coûts dits d’obligation.

Les coûts d’agence engendrés par la divergence initiale d’intérêts de la relation mandant-mandataire se renforcent des failles rédactionnelles nées notamment de l’incomplétude des contrats.

1.2.2       Les coûts relatifs à l’opportunisme des agents

Les contractants, acteurs rationnels, doivent accorder les intérêts de chaque partie, sans pour autant envisager l’intégralité des options de gestion à venir. En effet, la délégation « du faire » par l’agent principal constitue un amoindrissement de sa complète information, détenue de manière privilégiée par le mandataire. Cette asymétrie informationnelle résulte de la capacité de ce dernier à être mieux placé pour la gestion ce qui, en cas de conflit d’intérêts incite à l’opportunisme du dirigeant. Dès lors, la réduction de l’incertitude de la complète exécution du mandat, née de la complexité managériale, requiert un encadrement contractuel mieux élaboré entraînant une majoration des coûts. Ainsi l’emploi d’experts externes permettra à la fois de réduire l’asymétrie d’information et d’apprécier le choix d’une décision.

Le risque d’opportunisme du gestionnaire se trouve accentué lorsque s’invite la manipulation pure de l’information par ce dernier à son profit. Afin de limiter le risque de cet aléa moral (Adam Smith, XVIIIème siècle), devra être mis en place un contrôle technique renforcé, voire un système d’incitation, défini contractuellement, pour préserver les intérêts du principal – actionnaire.

L’importance de ces coûts d’agence pourra évoluer en fonction de la taille de l’entreprise, bien que M.C. Jensen et W.H. Meckling aient montré, par exemple, que l’existence d’un monopole ne les fasse pas augmenter.

Pour illustrer la théorie présentée, nous pouvons utiliser le cas d’un achat immobilier appartenant à un dirigeant par son entreprise. Ce dernier pour justifier le prix fixé devra faire appel à des agents immobiliers et des experts, ce qui le dédouanera de vouloir profiter de son positionnement pour s’enrichir au détriment des actionnaires. Il devra également pour effectuer la transaction faire appel à un notaire qui authentifiera l’origine de la propriété et évitera toute méfiance à son égard. L’entreprise en subira des coûts afin de réduire l’asymétrie d’information et s’assurer que l’opération est conforme aux intérêts des actionnaires.

Si en France, l’Etat assure le respect de la propriété à l’aide d’un cadastre fiable, nous verrons que dans d’autres parties du monde, la blockchain pourra s’avérer très utile pour éviter des dysfonctionnements. Nous reviendrons sur cette situation dans notre « revue de littérature » afin de mettre en exergue les promesses d’amélioration offertes par la blockchain.

1.3        La théorie des coûts de transaction

L’approche théorique des coûts de transaction se fonde sur le calcul économique dans un espace contractuel, dans lequel les acteurs responsables se lient librement entre eux.

Nous devons ce concept à son initiateur R. Coase (1937[14]). Il met en évidence le fait qu’accéder au marché nécessite de consentir des coûts. Conceptualisation développée plus tard par O.E. Williamson (par plusieurs écrits en 1975, 1985, 1993-95), sous le vocable de coût de transaction. Ceux-ci sont tributaires de la notion centrale de temps. Elle fait passer le simple échange, instantané sur un marché – spot, à la transaction qui nécessite plusieurs stades : créer la confiance, négocier et conclure par la forme juridique du contrat.

Ce fond générique proche de celui de la théorie de l’agence s’enrichit de nouveaux concepts élaborés par O.E. Williamson, qui constitueront le corpus de l’analyse des coûts.

1.3.1       Les coûts de rédaction liés au contrat

Ce premier poste résulte des comportements des acteurs liés à leurs capacités propres. D’emblée, O.E. Williamson émet l’hypothèse de la rationalité limitée du contractant, qui n’est pas en mesure d’anticiper tous les cas de figures (à rebours de la théorie économique classique qui suppose la rationalité absolue des acteurs de l’échange).

La nécessité d’un recours à un contrat par des professionnels pertinents s’impose, afin de fixer les obligations déjà ébauchées au cours de la phase de négociation, elle-même productrice de coûts. A ce premier stade, pourra d’ailleurs déjà apparaître le risque de retenue délibérée d’information (biaisée ou non), dite de la sélection adverse.

Pour O.E. Williamson, les coûts sont distingués ex ante (avant passation du contrat), et pourront ultérieurement, ex post, s’alourdir en raison de mauvaise adaptation du contrat. Extrêmement complexes à quantifier, les coûts ex ante et ex post sont interdépendants et s’apprécient de façon globale dans la recherche de la minimisation des coûts.

1.3.2       L’opportunisme des parties – coût de contrôle

L’acteur autonome recherche naturellement son intérêt propre qui peut le conduire – moins légitimement, à un comportement opportuniste. D’abord, comme on vient de le voir, en minorant d’emblée l’information (sélection adverse). Mais aussi après la rédaction du contrat, lorsqu’un acteur n’est pas incité à sa bonne réalisation. C’est le risque moral, également proche des notions classiques des théories des contrats.

A la difficulté de cerner le comportement de certains agents, s’ajoute la complexité de l’environnement qui rend difficilement prévisibles toutes les occurrences possibles, comme la connaissance des facteurs conditionnant l’avenir. S’établit ainsi un caractère d’incertitude que ne peut pas lever l’incomplétude des contrats, en raison du coût que représenterait la rédaction de multiples clauses trop spécifiques et contingentes.

Se prémunir des aléas des comportements des acteurs passe par le recours à des spécialistes, des experts, des conseils, pour engager les mécanismes de contrôle par tous tiers de confiance. Ils seront chargés de lever ces contraintes d’incertitude et d’invérifiabilité.

Par ailleurs une dimension fondamentale de l’économie des coûts de transactions est selon O.E. Williamson la spécificité des actifs. Plus l’actif est engagé dans une transaction particulière, moins il peut être réalloué à une autre transaction sans augmentation substantielle des coûts. Dans ce domaine où l’interdépendance des acteurs est forte, le risque d’opportunisme se révèle d’autant plus préjudiciable et relève d’un contrôle renforcé.

1.3.3       Les frais de contentieux

L’incertitude résultant des acteurs eux-mêmes (rationalité limitée, opportunisme) ou de l’environnement (imprévisibilité) tentera d’être endiguée par l’élaboration de garanties. Toutefois, complexes, elles relèvent traditionnellement du recours au tribunal.                           O.E. Williamson estime le recours coûteux sinon inefficace. S’élaborent alors des mécanismes d’arbitrage entre les parties pour se substituer à la voie juridique classique.

Moins formalisés, des coûts de « marchandage » seront une autre option offerte en cours d’exécution du contrat.

Prenons l’exemple d’un contentieux né lors d’un différend entre une entreprise et un assureur pour la gestion d’un sinistre. Actuellement, le client doit compléter les documents nécessaires à l’indemnisation. L’assureur dépêche un expert qui se déplace sur site pour constater et estimer les dégâts. Plusieurs échanges sont nécessaires pour aboutir au montant d’une indemnisation. La divergence des intérêts des parties peut conduire à un échec des tractations. En cas de litige, une issue ne peut être trouvée qu’en ayant recours à des avocats pour porter l’affaire devant les tribunaux.

Ainsi, les deux parties pour s’entendre auront dû supporter des coûts (experts, avocats) pour réaliser une transaction. Au final, ce processus apparaît pour une entreprise comme étant lent, incertain (décision de justice) et coûteux.

Afin de mieux cerner l’apport de la blockchain, cet exemple sera repris dans la partie « revue de littérature ».

L’analyse des principaux aspects des transactions dans les entreprises montrent que le schéma idéal classique d’acteurs rationnels, échangeant de manière équilibrée rend imparfaitement compte de la réalité du terrain. L’aspect comportemental des intervenants introduit la dimension humaine aux seins de l’échange économique. Il ne s’agit plus seulement d’une approche purement théorique, mathématique, mais d’intégrer la psychologie des protagonistes. La prise en compte de ce facteur s’effectuera aux différents stades des mécanismes contractuels, en donnant la part belle aux tiers de confiance.

Remarquons que la mise en valeur de l’humain dans l’évolution économique se trouve déjà au cœur de la réflexion de J.A. Schumpter (Théorie de l’évolution économique, 1926). Dans sa conception, l’entrepreneur est plus qu’un simple acteur, mais un créateur moteur de l’évolution économique. Il apporte une innovation, ce n’est pas uniquement un gestionnaire. C’est cette dimension psycho-économique que nous retiendrons sans entrer ici dans l’étude de sa théorie qui explique l’évolution de l’économie par l’alternance de périodes d’essors et de périodes crises.

De même, l’actualité de la théorie économique continue de faire appel aux aspects psychologiques des acteurs, comme l’atteste l’attribution du prix Nobel 2017 à R. Thaler. La finance comportementale remet en question le postulat de base de la finance moderne, l’investisseur rationnel. R. Thaler a montré l’emprise des travers comportementaux individuels, comme par exemple les préférences sociales, la peur, l’importance de la possession de quelque chose, qu’il a appelé l’aversion de la possession. Afin de les corriger, il a théorisé une forme d’intervention « douce », ou « paternalisme libéral », soit le « coût de pouce » (neuge) : l’individu reste libre d’agir mais il est incité à prendre un chemin plutôt qu’un autre. Toutefois, une interrogation peut se faire jour au regard de l’innovation disruptive de la blockchain, susceptible par son automaticité, d’éventuellement d’éviter le recours au travestissement « coût de pouce » de l’approche théorisé par C. Sunstein et R. Thaler.

2        L’innovation disruptive : la blockchain au travers de la revue de littérature

La lecture des ouvrages dédiés à la technologie de la blockchain fait apparaître une grande concordance dans la définition des concepts, dans les domaines d’utilisation possibles et dans les points de rupture.

Nous avons organisé notre revue de la littérature afin de présenter les innovations qu’entraîneront l’intégration de la blockchain dans les relations contractuelles inter et intra des entreprises. 

2.1        Les origines techniques

Certaines innovations qui étaient initialement destinées à une utilisation particulière dans un contexte spécifique peuvent se développer par la suite pour apporter des solutions que leurs concepteurs n’auraient pu imaginer.

Ce fut le cas d’Internet développé dans les années 60 par la recherche militaire américaine sous le nom d’ARPANET. Il s’agissait de construire un réseau de commandement pouvant résister à une attaque nucléaire soviétique. Suite à la détente entre les deux superpuissances, ce concept de réseaux interconnectés et décentralisés passa dans le civil via les universités américaines et aboutit à l’invention du WEB en 1989[15], puis au développement d’innombrables applications et de toute une industrie (Google, Amazon, Facebook, Apple, …) qui ont bouleversé nos modes de vie et dont nous pourrions difficilement nous passer au quotidien.

C’est à une autre innovation que nous allons nous intéresser et celle-ci devrait également suivre un chemin qui n’est pas forcément celui qu’avait envisagé son ou ses concepteurs.

Comme exposé dans le chapitre précédent, les entreprises sont confrontées à divers coûts et contingences dans leur fonctionnement quotidien et leur besoin d’investissement : coûts d’agence et de transaction, coûts de contrôle et frais de contentieux, rôle des intermédiaires, des tiers de confiance et des monopoles qui vont affecter l’établissement de transactions optimales. Nous allons voir quel rôle la Blockchain pourrait jouer dans ce contexte.

Le développement de la Blockchain et de son application la plus médiatisée le Bitcoin a nécessité au préalable un certain nombre d’innovations et d’expérimentations techniques et financières, parfois accompagnées de tentatives de remise en question des modèles économiques régissant les entreprises et les monnaies. En voici quelques-unes :

2.1.1       La signature électronique

Cette technique consiste à valider le contenu d’un document non modifiable tout en étant capable d’en authentifier le signataire. Elle est apparue vers 2000 et avait pour but de lutter contre la fraude. Elle aurait donc dû connaître un développement rapide par l’intérêt qu’elle pouvait représenter pour les entreprises et les administrations. Pourtant, elle n’a été adoptée que très progressivement. Une des raisons tient à des différences de transposition de la directive 1999/93/CE du Parlement européen qui est à l’origine de la signature électronique, ainsi qu’à des choix techniques différents entre Etats qui ont nuit au développement des échanges transfrontaliers. Un nouveau règlement n° 910/2014/UE dit « eIDAS » entré en vigueur en septembre 2014 a permis de corriger ces défauts[16].

Cette nouveauté a favorisé le développement d’un type d’intermédiaire que sont les prestataires de services de confiance souvent nommés tiers de confiance. Ceux-ci sont qualifiés par l’ANSSI (L’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information). Ces services de confiance incluent des notions d’identification électronique de personnes physiques ou morales, d’authentification de site Internet, d’horodatage électronique, de validation et de conservation de signature électronique, de preuve d’intégrité de donnée. Ces différents services vont se retrouver dans la Blockchain.

Il faut noter que la signature électronique n’a pas empêché le recours au contentieux par exemple du fait de débiteurs de mauvaise foi qui contestent la validité d’une signature électronique. Ce recours à un coût pour le créancier et ce problème reste donc à traiter pour être éliminé ou tout au moins être évité le plus possible.

D’une manière générale, il ne faut pas sous-estimer le risque de lenteur de diffusion d’une nouveauté malgré l’intérêt qu’elle peut présenter. Cela peut venir des coûts de mise en œuvre et de fonctionnement, des changements de fonctionnement qu’elle implique ou de difficultés techniques ou de réglementation.

2.1.2       Les monnaies complémentaires, monnaies numériques anonymes

 

Dans le domaine des monnaies, des initiatives ont été régulièrement lancées pour créer des monnaies parallèles aux monnaies gérées par les Etats et les Banques centrales. Elles peuvent être locales ou liées à une région, nécessiter d’adhérer à une association, être liées à des matières premières agricoles. Ces monnaies complémentaires (terme utilisé par l’ACPR – Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) n’ont pas de cours légal et sont adossées généralement à des fonds déposés en monnaie officielle auprès d’organismes financiers, mais également à des biens négociables.

D’autres peuvent être liées à des entreprises qui faisaient face à des problèmes de liquidité et voulaient s’affranchir des conditions des banques et de leurs frais de transaction. Beaucoup ont été interdites par les autorités qui y voyaient une menace pour le monopole étatique et bancaire de la monnaie et de l’émission de crédit. Mais certaines ont survécu telle que le WIR créée par des entreprises suisses suite à la crise de 1929. Elles ont ainsi créé une sorte de crédit mutuel inter-entreprises indépendant des banques. Aujourd’hui encore, 60.000 entreprises suisses adhèrent à ce système qui connaît un accroissement d’activité dès que l’économie entre en récession[17].

Progressivement, des innovations technologiques ont vu le jour, ouvrant de nouvelles perspectives.

Ainsi, en 1993, le docteur David Chaum, un cryptographe c’est-à-dire un spécialiste des techniques de sécurisation des communications à qui l’on doit le concept de signature en aveugle[18][19], a créé une monnaie numérique anonyme cryptée « ecash ». Elle fut implémentée pour des micropaiements par une banque de St-Louis (MO) pendant 3 ans. Les clients de la banque qui stockaient leurs « ecash » sur leur ordinateur personnel pouvaient l’utiliser auprès des commerçants l’acceptant sans passer par un compte ou une carte de crédit. Les seuls frais de transaction étaient à la charge du commerçant. Les « ecash » étaient cryptés et certifiés par la banque par un système de signature électronique à clé publique ou clés asymétriques développé à la fin des années 70 : ce système signifie que seul le propriétaire (la banque) peut signer les « ecash », mais que tout le monde (les commerçants par exemple) peut vérifier la validité de la signature et du contenu signé c’est-à-dire des « ecash ». Le rachat de cette banque par un groupe spécialisé dans les cartes de crédit mis fin à l’expérience qui a concerné 5.000 clients et 300 commerces[20]. Ce système s’il permettait de s’affranchir de certains frais et services bancaires restait néanmoins dépendant d’une banque, unique dans ce cas. Mais certaines bases étaient posées en particulier par l’utilisation de la cryptographie qui assurait l’anonymat et la sécurité des données échangées, un moyen de paiement en l’occurrence.

 

2.1.3       La libéralisation de la cryptographie privée aux Etats-Unis

 

Cette innovation se heurtait également à un autre obstacle, la volonté des autorités américaines au début des années 90 de limiter l’utilisation publique de la cryptographie à des cryptages faibles facilement déchiffrables car le cryptage était assimilé à une arme de guerre. Un étudiant américain de l’université de Berkeley (CA) qui voulait publier un système d’encryptage décida de lancer une action contre le département de justice américain en 1995. Au bout de 4 ans, une cour d’appel conclut que les codes source de cryptage étaient protégés par le 1er amendement de la constitution américaine au titre de la liberté d’expression et que les règlements empêchant leur publication étaient non-constitutionnelles.

Ceci ouvrait la voie légale à des innovations protégeant la vie privée et les transactions financières.

 

2.2        Le contexte idéologique etuod socio-économique : crise de confiance suite à la crise des subprimes

2.2.1       La protection de la vie privée et indépendance des institutions

De nombreux acteurs qui militaient en ce sens depuis le début des années 90 participaient à un groupe informel nommé les « cyberpunks ». Parmi ceux-ci se trouvaient le créateur de WikiLeaks (Julian Assange), le développeur de Tor (réseau Internet plus ou moins sous-terrain), l’inventeur du protocole SSL qui protège entre autres nos paiements en ligne, le fondateur de BitTorrent (site d’échange de fichiers, en particulier de musique et de vidéo) ou le concepteur des smart contracts (Nick Szabo) dont nous reparlerons par la suite.

Ceux-ci étaient animés entre autres par une défiance vis à vis d’autorités régulatrices qui leur semblaient menacer de plus en plus les libertés individuelles. Il ne manquait qu’un catalyseur pour que ces divers éléments débouchent sur la création d’une monnaie numérique indépendante de toute autorité centrale.

2.2.2       La crise financière et monétaire

La bulle des prêts hypothécaires à risque dit « subprimes » éclate aux US en 2007 suite à des dépréciations d’actifs liés aux subprimes de la banque HSBC, suivies par la faillite d’une cinquantaine de sociétés de prêts hypothécaires en particulier en Californie et en Floride où la bulle immobilière était la plus importante. Cette bulle avait en partie été alimentée par les taux bas pratiqués par la Réserve Fédérale américaine.

L’éclatement de cette bulle conduisit à une grave crise bancaire et monétaire menaçant le système financier mondial. En effet, la présence de produits dérivés contenant des subprimes dans le bilan d’un grand nombre de sociétés financières provoqua une crise de confiance entre les banques qui ne voulait plus se prêter de l’argent entre elles. Ceci déboucha sur une pénurie générale de liquidités qui aurait pu conduire à un effondrement financier.

Les Banques centrales injectèrent fin 2008 des liquidités à un niveau inconnu jusque-là : 2.500 Mds de $ pour racheter des dettes d’état et des actifs bancaires douteux et 1.500 Mds de $ pour recapitaliser les banques « too big to fail ». Elles baissèrent leurs taux d’intérêt vers 0 pour mettre fin à la récession. Celle-ci dura aux US de 2007 à 2009 et la loi de protection des consommateurs et de réforme de Wall Street dite loi Dodd-Franck entra en vigueur en juillet 2010 pour empêcher la réapparition de certaines causes de cette crise.

La confiance dans les banques, en particulier à cause de la porosité entre les activités de banque commerciale et de banque d’investissement et de marché, s’en est trouvé fortement ébranlé. De même, la politique des Banques centrales en matière de taux d’intérêt et de rachat d’actif n’a pas fait l’unanimité.

2.3        Une réaction : la crypto-monnaie, le Bitcoin

2.3.1       L’aventure Bitcoin

 

C’est dans ce contexte que fin 2008 une personne ou un groupe de personnes connu sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto rejoignit le groupe de cyberpunk et publia son « livre blanc sur le Bitcoin » [21]. Celui-ci proposait de créer une nouvelle monnaie virtuelle basée sur une architecture décentralisée pour s’affranchir des institutions centrales et financières[22].

Il le définissait comme « Un modèle de paiement électronique de pair-à-pair, permettant d’envoyer directement de l’argent d’une personne à une autre, sans passer par une institution financière »[23]. Il est basé sur la preuve cryptographique pour réaliser des transactions sans le recours à un tiers de confiance. « L’absence de banques centrales et commerciales, de systèmes de paiement et de chambres de compensation réduit les coûts de transaction supportés par les utilisateurs et constitue un avantage décisif du Bitcoin vis-à-vis des monnaies traditionnelles »[24].

Il faut noter que cette preuve cryptographique, calculée par des regroupements d’ordinateurs, nécessitait, d’après l’Agence internationale de l’Energie (sept. 2017), une consommation électrique équivalente à celle d’un pays comme la Hongrie[25].

La création de bitcoins n’est pas illimitée, Nakamoto avait fixé le nombre maximum pouvant être créer à 21 millions par opposition à la politique des Banques Centrales qui a généré d’énormes quantités de liquidités. Ce principe rappelle le fonctionnement des monnaies à l’époque où elles étaient adossées à une ressource existant en quantité limitée, l’or.

Le Bitcoin qui, dans l’esprit de son concepteur, était avant tout la preuve pratique d’un concept va s’avérer avoir une évolution explosive que ce soit d’un point de vue médiatique ou financier. Ainsi, selon Google Trends, le nombre de recherches ayant pour sujet le Bitcoin a été multiplié par 20 entre fin 2016 et fin 2017, pendant que son cours était multiplié par 14.

D’après Investing .com[26], 1.375 « crypto-monnaies » auraient été créées à ce jour (jan. 2018), la 1ère différente du bitcoin la NameCoin étant apparu mi-2011. Elles représentent une capitalisation totale de 700 Md$ avec un volume d’échange quotidien de 50 Md$. Il faut cependant noter que les 25 « crypto-monnaies » les plus importantes pèsent 87% de cette capitalisation et que 5 premières en représentent 70% à elles seules.

Source : Investing.com

Divers scandales ont émaillé le parcours de la plus importante de ces « crypto-monnaies » : faillite de certains intermédiaires (MtGox en 2014[27], …) insuffisamment sécurisés, blanchiment d’argent qui ont d’ailleurs donné lieu à des poursuites judiciaires. Il faut noter que certaines utilisations pour du commerce illégal ont répandu l’idée que les transactions en bitcoin bénéficiaient d’un anonymat complet. Ceci n’est vrai que pour un nombre très restreint de « crypto-monnaies » (Monero, Zcash), mais dans la grande majorité des cas, il est possible de remonter à l’identité réelle des utilisateurs ce que les autorités judiciaires ont eu l’occasion de faire dans certains cas comme la fermeture par le FBI du site Silkroad condamné par la justice américaine pour avoir favoriser le commerce de produits illicites pour un montant équivalent à 1,2 Mds $ (Le Monde, 3/10/203).

2.3.2       Un moyen de paiement ?

Le Bitcoin est-il une monnaie ? Traditionnellement, on associe 3 fonctions à une monnaie légale, celle d’unité de compte (évaluation), de moyen de paiement et de réserve de valeur (actif patrimonial)[28]. Cette notion donne lieu actuellement à des débats contradictoires et la question est loin d’être tranchée du côté des économistes.

La situation du point de vue des Etats est également très contrastée comme le montre ces quelques exemples. Au Japon, le Bitcoin et certaines crypto-monnaies sont déclarés par une loi de finance d’avril 2017 comme moyens de paiement légaux, mais pas comme monnaie légalement reconnue. En mai 2017, la Chine l’a interdit car il favorisait la fuite des capitaux. Une société japonaise (La Tribune, 15/12/2017) GMO Internet va proposer à ses salariés d’être partiellement rémunérés en Bitcoin afin de mieux comprendre les crypto-monnaies. La Russie qui envisageait de reconnaître son utilisation en août 2017, souhaitait en interdire la vente en octobre de la même année (Le Monde, 11/10/2107).

Ce phénomène ne peut plus être ignoré par les Etats[29], les Banques Centrales et les autorités boursières qui se trouvent face à un défi d’un type entièrement nouveau qui échappe à leur contrôle et aux réglementation existantes en particulier fiscales.

De son côté, la Cour de justice européenne a rendu une décision en 2015 estimant que le Bitcoin « n’a pas d’autres finalités que celle de moyen de paiement et qu’elle est acceptée à cet effet par certains opérateurs ». (Huet J., 2017)

Actuellement, nous sommes dans une phase de bulle spéculative, des variations de valeurs de plusieurs dizaines de pourcent ont été observées en une journée, mais ce phénomène n’est pas si rare dans le domaine financier (les produits dérivés par exemple) et il ne faut pas perdre de vue le fait principal qui est que la preuve de concept de S. Nakamoto a réussi.

Ce système est indépendant de tout tiers extérieur, il est sécurisé, le cœur des principales « crypto-monnaies » n’ayant pas connu de faille de sécurité, c’est un moyen de paiement rapide à faible coût de transaction, des commerces de plus en plus nombreux l’acceptant, au Japon en particulier, mais également Microsoft.

La volatilité actuelle des cours n’en fait pas un outil adapté pour les entreprises qui souhaiteraient disposer d’un outil de paiement ou de financement sécurisé sans tiers de confiance. C’est ce qui nous a conduit à écarter le Bitcoin de notre problématique.

Cependant même ceux qui considèrent « que le Bitcoin ne satisfait pas aujourd’hui les fonctions usuelles de la monnaie », lui reconnaissent un potentiel de développement avec « l’anonymat des opérations réalisées et la réduction des coûts de transactions » [30] et des opportunités de développement grâce à sa technologie.

Une solution pour les entreprises devrait plutôt émerger du cœur qui permet aux « crypto-monnaies » de fonctionner, il s’agit de la technologie Blockchain (ou chaîne de blocs) qui dans le cas du Bitcoin a substitué la sécurité garantie par l’Etat (monnaie légale) par une sécurité technique[31].

2.4        L’émergence de la technologie sous-jacente : la Blockchain et ses multiples applications

2.4.1       Les concepts et la technologie

La Blockchain est « une technologie de stockage et la transmission d’informations, transparente, sécurisée et fonctionnant en mode pair à pair, sans organe central de contrôle » selon Blockchain France[32] organisme né à l’été 2015 dont l’objectif « est de démocratiser la blockchain en faisant comprendre ses enjeux avec pédagogie, et en s’impliquant dans la construction d’applications concrètes. »

On peut également l’assimiler à « un grand livre des comptes, décentralisé, dans lequel chacun des acteurs peut vérifier les transactions réalisées par ses pairs et les valider »[33] , « mais elles sont impossibles à effacer et ce livre est indestructible »[34].

La Blockchain s’appuie sur un réseau partagé, des algorithmes de validation et de la cryptographie asymétrique pour sécuriser les données échangées. Ce système crée la confiance entre des participants qui ne se connaissent pas puisqu’ils ne sont identifiés que par pseudonymes. C’est la résolution du paradoxe des généraux byzantins qui consiste à envoyer des informations de manière fiable à une autre partie sans la rencontrer. La réponse traditionnelle consistait à faire intervenir un tiers de confiance[35].

L’ensemble des transactions créées et validées depuis la création d’une blockchain est regroupé dans des blocs de taille fixe, chaînés entre eux au fur et à mesure de leur création via un code spécifique qui dépend du bloc précédent. C’est cette structure qui a donné son nom à la Blockchain.

Blockchain France

Cette chaîne est recopiée sur l’ensemble des ordinateurs participants (les « nœuds ») à la Blockchain ce qui lui confère son caractère décentralisé, les informations de référence n’étant plus détenues par une autorité centrale.

La validation d’une transaction passe par plusieurs vérifications[36] : le débiteur est-il solvable, la structure de la transaction est-elle conforme, son contenu est-il cohérent et n’a-t-il pas déjà été dépensé dans une autre transaction (« double spending »). Il s’agit de prévenir toute tentative de fraude, les découverts n’étant pas autorisés. Pour cela l’ensemble des « nœuds » participants à la blockchain va effectuer individuellement ces vérifications et quand un consensus est trouvé, la transaction est validée et mise en attente. A intervalle régulier, ces transactions vont être intégrée dans des blocs par des « nœuds » spécifiques dénommés « mineurs » par analogie avec l’extraction de l’or.

Pour ajouter un bloc à la chaîne, ces mineurs doivent remplir des conditions qui dépendent de la Blockchain[37] :

  • Soit apporter une preuve de travail (« Proof of Work ») en effectuant des calculs extrêmement gourmands en puissance informatique dont les résultats sont eux facilement vérifiables par les autres nœuds. C’est le mécanisme utilisé dès l’origine par le Bitcoin. Le 1er mineur dont le travail a été validé par consensus, intègre ce bloc dans la chaîne avec un horodatage crypté et reçoit une rémunération. Elle peut prendre la forme d’une part, de coûts de transaction facturés aux initiateurs des transactions validées et d’autre part d’un montant fixe de la crypto-monnaie utilisée par la Blockchain ce qui correspond en pratique à l’émission « crypto-monétaire ».
  • Soit apporter une preuve d’enjeu (« Proof of Stake ») qui correspond au nombre de jetons détenus dans la Blockchain, ce mécanisme étant beaucoup moins consommateur en énergie que le précédent

Toute essai frauduleux de modification d’un bloc déjà validé et intégré dans la chaîne nécessiterait de modifier l’ensemble des blocs car leur chaînage dépend de leur contenu et devrait donc être modifié. Ceci demanderait une capacité de calcul gigantesque générant un coût totalement dissuasif par rapport au gain espéré. De plus, les autres nœuds qui possèdent une copie complète de la chaîne détecterait la tentative de violation du caractère inaltérable de la chaîne et le consensus rejetterait les modifications.

En résumé, le traitement d’une transaction peut se représenter de la manière simplifiée suivante : (Mettre en Annexe des schémas plus précis et complexes ?)

La fonction de tiers de confiance dans une Blockchain est donc assurée par le consensus cité plus haut, les modalités d’établissement de ce consensus dépendant du type de Blockchain mis en œuvre. C’est bien à une désintermédiation qu’aboutit ce mode de fonctionnement.

2.4.2       Les utilisations et l’environnement

Pour bien distinguer les différentes utilisations possibles de la Blockchain, il faut préciser qu’il en existe plusieurs types :

  • Le premier et le plus courant actuellement concerne les blockchains publiques qui se caractérisent par leur transparence : tous les participants peuvent valider et consulter l’ensemble des informations. Ce réseau est ouvert et peut accueillir de nouveaux participants. Il n’y a pas d’intermédiaires et les participants ne se connaissent pas.
  • Il existe également des blockchains de consortium ou semi-privées où tous les nœuds n’ont pas les mêmes droits de participation au consensus, ni la même visibilité sur les informations enregistrées. Les nouveaux participants seront acceptés s’il y a consensus. Elles sont plutôt adaptées à des contextes réglementés.
  • Enfin les blockchains privées sont gérées par une autorité centrale qui valide les blocs, choisit les nouveaux participants et gère l’accès des participants aux données. Elles sont souvent utilisées dans des entreprises avec filiales. Le nombre de participants est réduit et la vitesse de validation des transactions est plus rapide.

L’intérêt pour la Blockchain est en grande partie lié à l’envolée du cours du Bitcoin.

Ainsi, selon Google Trends, le nombre de recherches ayant pour sujet la Blockchain a été multiplié par 8 entre fin 2016 et fin 2017.

On peut citer d’autres chiffres révélateurs de l’intérêt porté par les entreprises à la Blockchain. Le nombre de brevets sur la Blockchain déposés depuis 2013 est supérieur à 2.500, IBM leader mondial de l’informatique a investi 200 M$ dans cette technologie et les investissements dans les start-ups liées à la Blockchain ont atteint les 1,4 Md$ en 2016.

« Dans son rapport Fintech 2.0, la banque Santander estime que l’utilisation de la blockchain permettrait de réduire les coûts de structure pour les banques de 15 à 20 milliards de dollars par an. »[38]

 

Les applications en cours de test sont très nombreuses. Ainsi le gouvernement du Honduras teste une application pour son cadastre afin de lutter contre la corruption. L’Estonie l’utilise pour des actes notariés[39]. La Grande-Bretagne[40] l’évalue pour la gestion des bourses d’études.

Un autre phénomène que le Bitcoin a connu un développement fulgurant à partir du 2éme trimestre 2017, il s’agit des ICO (Initial Coin Offering). Sur le modèle des IPO (Initial Public Offering) traditionnelles, il s’agit de levées de fonds pour financer des projets particuliers où les investisseurs reçoivent des jetons (token[41]) en échange de leur apport en capital. Beaucoup d’incertitudes demeurent sur la valorisation de ces tokens et sur le sérieux des business plans de certains projets qui présentent souvent un caractère opportuniste voire frauduleux[42]. 2 enquêtes pour fraudes ont été lancées par la Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis qui a créé une unité dédiée.

Selon EY (Ernst & Young)[43], près de 4 Md$ de fonds ont été levés entre 2015 et 2017 pour 372 projets analysés dont 10% en Chine continentale qui les a interdites depuis, de même que la Corée du Sud. La tendance générale s’oriente plutôt vers des règles spécifiques aux ICO en complément des lois existantes souvent peu adaptées à cette nouveauté.

Un certain nombre d’ICO sont associées à la création de nouvelles blockchains et de tokens associés qui ne se justifie pas, les projets les plus prometteurs se faisant sur des plates-formes existantes à la structure déjà éprouvée, Ethereum principalement. D’ailleurs 10% des montants investis sur ces nouvelles blockchains ont été perdus ou volés.

Comme à l’époque de la bulle Internet, un tri va s’opérer et les projets les plus solides vont émerger. Mais il faudra également que la réglementation impose plus de transparence et d’informations obligatoires pour que les ICO deviennent une source de financement fiable pour les entreprises et en particulier les PME ou les startups qui peuvent être attirées par leur simplicité et par des frais financiers inférieurs à ceux du crowdlending par exemple. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a d’ailleurs lancé une consultation sur ce sujet en oct. 2017 car les ICO malgré leurs imperfections actuelles présentent un vrai potentiel en s’appuyant sur certaines spécificités de la Blockchain tels que la transparence, la traçabilité, la désintermédiation, la coopération (entre investisseurs et entrepreneurs) ou les coûts limités de transaction.

Si les fondements techniques de la Blockchain pour son adoption par les entreprises sont prometteurs, le cadre juridique dans lequel va évoluer la Blockchain, s’adapte lentement comme nous venons de le voir.

Certains pays tels que la Grande-Bretagne ou Singapour ont une approche très souple souhaitant favoriser son utilisation par les entreprises.

En France, des lois ont été publiées sur les bons de caisse (n°2016-520, 26 avril 2016) et sur les transferts de propriété de titres financiers (n°2016-1691, déc. 2016 et n°2017-1674, 9 déc. 2017), mais les pouvoirs publics veulent aller beaucoup plus loin en dotant la France d’une réglementation complète sur les DEEP (Dispositif d’Enregistrement Electronique Partagé) terme juridique utilisé pour désigner la Blockchain.

2.4.3       La Blockchain dans la dynamique contractuelle

Pour se replacer dans les cadres explicatifs du fonctionnement des transactions dans les entreprises présentées plus haut, quels pourraient être les apports de la Blockchain dans la dynamique contractuelle ?

Avec la publication de sa théorie de l’évolution économique en 1911, l’autrichien Schumpeter définit le concept de disruption comme un processus « de destruction créatrice ». Ceci constitue une combinaison nouvelle propre à perturber tout un système et à renverser son échelle des valeurs. Certes nous avons changé d’époque, mais il y a des similitudes avec cette nouvelle technologie qui pourrait bouleverser un système existant (structure horizontale, remise en cause des tiers de confiance, création de relations automatisées).

En 1975, Williamson établit la théorie des coûts de transactions ; ils sont déterminés selon trois éléments : spécificités des actifs, incertitude et fréquence. Son analyse permet de mieux maîtriser le coût des échanges sans toutefois parvenir à une fluidité satisfaisante et sécurisée des transactions.

En 1976, Jensen et Meckling, définissent la théorie de l’agence comme une approche innovante des relations contractuelles. Elle repose sur la délégation d’une partie de l’autorité de prise de décisions et sur l’asymétrie informationnelle ce qui a des conséquences en termes de coûts d’organisation et de transaction.

L’analyse de ses deux dernières théories fait apparaître des failles, des faiblesses voire des blocages qui empêchent, ralentissent et entraînent systématiquement des coûts juridiques, de contrôles ou de règlement de contentieux.

L’utilisation de l’automatisation inhérente à la technologie de la blockchain et à ses smart contracts optimisera-t-elle la fluidité, l’efficacité et la sécurisation des transactions ? La formalisation des relations contractuelles qu’elle entraînera remettra-t-elle en cause les relations entre les différents acteurs, voire l’existence de certains (tiers de confiance par exemple) tout en offrant la possibilité à certains d’émerger (ceux qui mettront en œuvre cette technologie) ?

Aussi, pouvons-nous nous interroger sur les impacts de la désintermédiation que cette technologie va induire dans les rapports entre les actionnaires et les dirigeants. En d’autres termes les apports de blockchain permettront-ils de réduire certains coûts d’agence liés à la gouvernance de l’entreprise ?

Dès la prise de décision, la blockchain modifie les rapports traditionnels entre les actionnaires et les dirigeants. La totalité des informations est disponible en temps réel pour tous les membres concernés par le projet. La blockchain est une application transversale renversant le système hiérarchique traditionnel. Les modes de gouvernance seront donc amenés à changer.

La diffusion des informations de manière automatique et transparente permet la prise de décision de manière décentralisée et automatique.

Toutefois la validation de l’ensemble des décisions individuelles équivaut-elle à préserver ou développer l’intérêt commun ?

2.5        Les smarts contracts

2.5.1       Les principes

La puissance de la Blockchain ne se limite pas à des transactions statiques : les contrats passés entre 2 agents peuvent inclure des variables (performance ou valeur d’actif) d’où l’utilisation des « smart contracts ».

En 1993, le concept du smart contract (contrat ‘intelligent’) est une invention pour automatiser les relations contractuelles, en évitant toute intervention humaine tous les secteurs économiques seront concernés (ex : obtention d’un prêt bancaire, indemnisation d’un sinistre).

Selon Nick Szabo[44] son promoteur, le « smart contract » ou contrat intelligent est un programme informatique mettant en application un contrat traditionnel (non numérique) et exécutant automatiquement les clauses de ce contrat dès que les conditions sont réunies. Il doit améliorer l’efficacité et la rapidité d’exécution du contrat d’une part et éliminer l’ambiguïté du texte écrit car il doit être compris par une machine[45] ce qui réduit le risque de contentieux.

De plus, ces nouveaux processus appliqués à la gouvernance des entreprises pourraient permettre une plus grande réactivité[46].

Le code est autonome, les parties prenantes (humaines) n’ont plus à interagir et n’interférent pas dans son déclenchement. Il est important de préciser que le « smart contract » ne se substitue pas au contrat traditionnel, il n’est que sa reproduction en langage informatique. Tout seul, il n’a pas de valeur juridique (Collomb, 2016), il faut donc au préalable qu’un contrat ait été négocié et validé.

A ce jour, la technologie Blockchain renforce la tendance à s’appuyer sur le code informatique plutôt que sur la loi[47].

Le juriste américain Lawrence Lessig l’a synthétisé dans la formule « code is law »[48] qui signifie que le code informatique et les contraintes inhérentes à la programmation peuvent influencer la manière dont le droit s’appliquerait, voire la manière dont la loi ou les contrats seraient rédigés.

Nous nous trouvons face à un système où la confiance est déléguée d’un tiers ou d’un dépositaire à un protocole (le consensus) et à un code (le smart contract). Ce code étant produit par des humains, il peut donc être aussi faillible qu’eux et pourrait nécessiter des procédures de résolution comme dans les domaines financiers ou des assurances[49].

2.5.2       La mise en œuvre des Smarts contracts

La blockchain qui a connu le plus grand développement après celle du bitcoin est Ethereum. Sa particularité est d’avoir généraliser la mise en œuvre des Smart Contracts. Ethereum (en s’appuyant sur la technologie Blockchain) a ainsi pu lever 21 millions d’euros en 2014 lors de sa campagne de crowdfunding sans avoir à supporter les coûts d’une plateforme centralisée externe.

Les attentes suscitées par la Blockchain peuvent se concrétiser dans l’évolution de l’activité de l’économie collaborative : les projets de crowfunding. En effet un mécanisme de consensus entre les membres qui disposent chacun de la totalité des informations permet la prise de décision du choix du projet retenu. Celui-ci définit aussi un objectif commun qui peut être codifié à l’aide d’un smart contract et validé par l’ensemble des membres du réseau. Une fois les conditions nécessaires à son lancement réalisées, l’opération est effectuée automatiquement. Cette pratique permet de supprimer les coûts liés à l’utilisation d’une plateforme centralisée et à l’intermédiation d’une institution financière[50].

Dans le secteur des assurances, Allianz a créé une application pour traiter l’indemnisation de sinistres en cas de catastrophe naturelle. Il suffit que 2 conditions soient remplies :

  • La déclaration de l’état de catastrophe naturelle au Journal Officiel
  • La localisation du sinistre qui doit se trouver dans la zone concernée

Ces conditions ont été codées et certifiées dans un smart contract qui permettra une exécution très rapide du contrat, sans recours à un expert d’où des gains de temps et de frais de contentieux. Lors de la tempête Xynthia en 2010, il avait fallu plus d’un an pour que les victimes soient indemnisées[51].

Dans le domaine de l’assurance voyage, AXA propose un contrat (fizzy) qui indemnise automatiquement et rapidement ses adhérents en cas d’annulation d’un vol ou de retard supérieur à 2 heures. Il s’appuie sur un smart contract dans la Blockchain Ethereum qui est connecté aux bases de données des compagnies aériennes.

2.5.3       La remise en cause des couts de transaction grâce au smart contract

Williamson[52] définit les coûts de transaction, comme “les coûts engendrés (ou pouvant l’être) par les échanges contractuels de biens ou services entre firmes.”

Pour des smart contracts plus complexes, les études actuelles tendraient à présenter un transfert des coûts de transaction plutôt que leur suppression[53].

La rédaction d’un smart contract fiable nécessite que toutes les parties prenantes s’accordent très rigoureusement et précisément sur les règles à suivre[54] ce qui se concrétisera par plusieurs réunions et échanges onéreux en temps. Cette étape est incontournable pour une analyse fine des enjeux et des objectifs. Elle permettra ainsi de limiter les conflits voir supprimer les litiges en cours ou fin d’exécution du programme[55].

Le codage du contrat effectué, son fonctionnement autonome (sans intervention humaine) amènera une réduction des coûts : les vérifications des transactions, et leur validation se feront automatiquement. Tous les acteurs peuvent avoir accès à l’évolution des opérations, cette transparence dans la diffusion de l’information limitera les litiges.

2.6        La DAO

2.6.1       Les principes et les impacts potentiels

Ce mode de fonctionnement de la Blockchain associé à l’utilisation des smart contracts aboutira-t-il à une nouvelle forme d’organisation entièrement « automatisée » ainsi que le laisserait penser l’émergence de la DAO (Decentralized Autonomous Organization) imaginée en 2013 par Vitalik Buterin le fondateur de la Blockchain Ethereum ?

Une DAO est une forme de société entièrement décentralisée et horizontale dont les règles de gouvernance sont définies par des smart contracts et en général conçue autour d’un projet ou d’un bjectif commun. Les relations de cette communauté avec l’extérieur sont également régies par des smart contracts. Les décisions sont prises par consensus conformément au code informatique qui a été déterminé. Ces décisions concernent la façon d’allouer ses fonds propres qui sont détenus dans la crypto-monnaie de la blockchain qui lui sert de support. Les règles de travail sont transparentes, auditables et infalsifiables[56], les acteurs ne peuvent les contourner pour satisfaire leurs objectifs personnels au détriment de ceux de l’entreprise, les échanges entre participants sont publics ce qui pourrait éliminer l’asymétrie d’information et les divergences d’intérêt entre actionnaire et dirigeant qui prévaut dans la firme[57]. Ce mode de gouvernance ne cadrerait plus avec la théorie de l’agence développée par Jensen, Meckling et Fama comme détaillée auparavant.

Il n’existe pas de cadre juridique actuellement, mais cela devrait changer si les DAO se développent.

On rencontre dans ce cadre, des projets tel que l’« Universal Sharing Network », une combinaison d’objets intelligents et d’applications rendant possible la location, la vente ou le partage d’objets connectés.

2.6.2       Les apports de la DAO et des smart contracts

Une des innovations majeures de la Blockchain est de créer la confiance sans passer par un intermédiaire. Ces dernières années ont vu se développer des plates-formes numériques qui mettent en relation clients et fournisseurs de services. Certaines ont connu un développement spectaculaire qui a abouti à des quasi-monopoles ou au minimum à détenir une part prépondérante sur leur marché. On peut citer Airbnb pour la location de courte durée d’appartement ou de chambre, Uber pour les VTC (voiture de transport avec chauffeur), Booking pour les réservations d’hôtel ou Blablacar pour le partage de véhicule. Or leur position dominante a permis à ces entreprises d’imposer leurs conditions que ce soit en termes de conditions de travail pour les VTC ou de commissions prélevées comme le montre le tableau ci-dessous[58], mais également de les modifier à leur guise.

C’est dans ce contexte que des projets se développent dans les domaines du transport (Arcade City ou Mobtiq), du logement (Slock.it) ou de la vente de biens (OpenBazaar). Ils s’appuient sur la Blockchain, des smart contracts et des relations directes entre clients et fournisseurs de services ou vendeurs de biens avec des coûts de transaction attractifs. Mobtiq envisagerait la formation d’une DAO où les membres de la communauté seraient collectivement propriétaires de voitures autonomes.

Dans le domaine de l’assurance[59], il est envisagé de constituer des DAO qui fonctionneraient avec un mode collaboratif qui n’est pas sans rappeler le fonctionnement des mutuelles à leur origine avec la perspective d’une réduction radicale des frais de structure.

Ces différents projets en développement montrent le potentiel bouleversement de la gouvernance d’entreprise et de l’économie que pourrait entraîner l’utilisation massive de la Blockchain et des smart contracts, mais quel est le positionnement des grands acteurs de l’économie actuelle ?

2.7        L’étude Deloitte : état des lieux sur la vision que les entreprises portent à la Blockchain

Les potentialités offertes par la Blockchain dépassent largement le seul domaine des crypto-monnaies. D’un modèle initialement conçu contre les institutions notamment financières, celui-ci est en cours de réappropriation par les grands groupes notamment financiers.

Ne pouvant mener nous même une analyse sectorielle exhaustive, nous nous sommes tournés vers des données secondaires issues d’études menées par des grands cabinets d’étude et d’audit.

Nous avons retenu une qui confirme cette implication accrue de la finance.

Cette étude[60] a été menée par Deloitte en collaboration avec l’EFMA (European Financial Management Association) dans sa publication « Blockchain : de la frénésie au prototype ». Les évolutions techniques récentes rendent possibles l’utilisation de blockchains pour des besoins spécifiques comme par exemple des segments métiers, des classes d’actifs, avec une gestion des droits particulière. C’est sur ce nouveau marché émergent que Deloitte entend se positionner.

Cette enquête a été menée en 2016 auprès d’un large échantillon de 3000 personnes travaillant dans l’industrie financière pour analyser l’intérêt et l’impact potentiel de la Blockchain sur leur métier.

Quel est alors le positionnement des entreprises : 92% estiment que leur métier va s’en trouver modifier dont 85% d’ici 2020, mais seuls 15% y voit une menace. Elles voient la Blockchain comme un moyen de réduire les coûts, de gagner en efficacité et d’être un facteur de développement, de créer de nouveaux business y compris sous la forme de start-up. Il faut noter qu’une part non négligeable, mais minoritaire (26%) a pour motivation la peur de la concurrence et de rater le train d’une innovation majeure.

Cependant au moment de l’étude, 28% n’avaient commencé aucuns travaux, le reste étant en phase d’apprentissage ou de collaboration avec d’autres groupes ou start-up. Les principaux freins sont l’absence de responsable technique et les incertitudes sur la réglementation (49%) ce qui confirme qu’il s’agit d’un enjeu majeur dans le domaine financier. En revanche les craintes à propos des performances, de la sécurité ou de la viabilité de la technologie sont très faibles (9% cumulés) ce qui est un point très positif pour la Blockchain. Elle a en quelque sorte conquis les esprits. Cela est confirmé par la demande pour des formations et le développement de prototypes qui expriment le besoin de comprendre et maîtriser cette technologie. C’est évidemment l’intérêt de Deloitte car cela fait partie de son offre, mais les pourcentages positifs sont suffisamment élevés pour être significatif et peu biaisés. Ce qui caractérise l’année 2016 est donc la mise en œuvre de prototypes.

L’autre aspect souligné par Deloitte est que l’industrie financière est convaincue des enjeux que représente la Blockchain, mais elle la considère plus pour son potentiel à améliorer et développer l’existant (les transferts internationaux de monnaie en particulier) que comme une technologie « disruptive » source d’innovations majeures pour leur métier. Comme l’avait exprimé prosaïquement un consultant en finance, la Blockchain est vue par la finance comme un moyen d’améliorer les performances de leurs chevaux plutôt que de créer leurs automobiles du futur. Cette lenteur d’adoption de la Blockchain par la finance sans doute liée à une culture d’entreprise prudente et à travailler dans des cadres réglementaires bien définis pourrait laisser le champ libre à de nouveaux acteurs dont l’innovation est le moteur principal tels que les Fintech ou les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dont certains ont d’ailleurs commencé à déposer auprès des autorités des demandes d’agrément en tant qu’établissements financiers. On a ainsi parlé d’instant « Kodak » quand cette entreprise leader mondial de la photographie argentique s’est retrouvée au bord de la faillite n’ayant pas compris à temps que la photographie basculait massivement et de manière irréversible vers le numérique.

Si les craintes sur la réglementation ou son absence actuelle sont un frein pour son développement, les autorités ont conscience que des règles trop restrictives serait une menace pour l’avenir de cette innovation et pourrait constituer un désavantage compétitif. Il s’agit donc d’un enjeu très important qu’il faudra suivre de près.

Pour des raisons de sécurité, l’industrie financière a l’habitude de travailler avec des environnements fermés. C’est probablement ce qui explique seul 11% envisage de travaille en Blockchain publique et 18% en Blockchain bitcoin avec des applications supplémentaires. Cependant la moitié envisage de travailler avec des blockchains de consortium (semi-privée) ce qui montre qu’elles envisagent malgré tout de développer des échanges avec d’autres entités même s’il s’agit d’environnements bien encadrés et à ouverture très contrôlée. Il est probable qu’une plus grande ouverture sera progressivement acceptée avec la montée en maturité de la technologie. De plus, l’adoption d’un nouveau standard prend prendre jusqu’à 3 ans. Ainsi le consortium R3 compte 45 banques participantes ce qui nécessite du temps pour aboutir à des accords entre ses membres. Dans ce type d’environnement, plusieurs risques peuvent se présenter :  d’une part que le développement soit trop lent et finisse par décourager certains membres, d’autre part que les entreprises adhérentes se retrouvent liées à une plate-forme propriétaire limitant leurs possibilités d’évolution et d’adaptation à leurs besoins propres. En revanche, cela peut faciliter la compréhension de la technologie et permettre d’acquérir une compétence plus complète et plus rapide grâce à la diversité des contacts et des expériences possibles, les problématiques rencontrées par ces différentes sociétés étant proches car elles exercent les mêmes métiers. Il est significatif que d’autres consortiums entre acteurs bancaires, assureurs et financiers se soient créés en Grande-Bretagne ou en France pour explorer le potentiel de la Blockchain.

Deloitte s’est intéressé aux différentes expérimentations en cours au moment de l’enquête. Il faut noter qu’elles concernent principalement des applications existantes nécessitant d’être optimisées, le métier et la réglementation s’étant complexifiés avec le temps. Le but est de montrer concrètement les gains en termes de coût et d’efficacité que peut apporter la Blockchain. Il s’agit de montrer aux directions générales l’intérêt stratégique qu’il y a à investir dans cette technologie. Cette complexification du métier ainsi que la multiplication des intermédiaires ont un coût non seulement financier, mais en également en augmentation des délais d’exécution des opérations qui pourrait être fortement optimisé en opérant de pair à pair de manière transparente avec l’exécution automatique de contrats et la sécurisation et la traçabilité qu’apporte la Blockchain. Cela concerne en particulier les opérations de distribution et de règlement des valeurs mobilières ainsi que les actions en back-office, de lutte anti-blanchiment ou de relation client. Ainsi le Nasdaq pour les valeurs mobilières, la Bank of Ireland pour la traçabilité de transaction dans le cadre de la réglementation européenne MiFID II ont réalisé avec succès des plates-formes compatibles avec l’existant.

Mais il existe une autre tendance, minoritaire pour l’instant, qui consiste à faire de la recherche, à expérimenter de nouvelles solutions pour ensuite déterminer si elles répondent à un besoin existant ou si elles ouvrent la voie à un nouveau business.

En complément, Deloitte a choisi comme étude de cas la stratégie du bancassureur belge KBC qui a opté pour une stratégie intermédiaire. Elle consiste à partir d’un besoin du marché financier pour évaluer de nouvelles solutions dont une doit être basée sur la Blockchain. Le but n’est pas de développer systématiquement sur la Blockchain, mais seulement quand elle apporte un bénéfice supplémentaire par rapport aux techniques traditionnelles (bases de données, transactionnel, …). Cela a été le cas pour des projets sur les marchés de capitaux, pour des opérations bancaires courantes et sur une plate-forme de Financement Participatif « Bolero ». Celle-ci utilise des Smart Contracts pour le transfert automatique de propriétés des titres et le versement automatique de dividendes quand les conditions sont réunies. Elle évite par exemple de vérifier que toutes les informations nécessaires sont à jour ou d’effectuer des versements individuels. KBC explique qu’il aurait été possible de développer des solutions combinant plusieurs autres techniques, mais que la Blockchain avait permis des gains conséquents et une optimisation significative des processus. La banque a impliqué des clients et des entrepreneurs dans l’expérimentation pour améliorer la solution, mais également les régulateurs belges pour les sensibiliser aux spécificités et aux possibilités de cette technologie en prévision des futures cadres législatifs qui devraient encadrer ces évolutions pour garantir la confiance dans la finance sans étouffer ces innovations.

Le potentiel de cette technologie pour les entreprises qui se confirme comme le montre cette étude de 2016 dans le secteur des services financiers, devrait également s’exprimer dans d’autres secteurs tels que la logistique, l’immobilier ou les transports.

2.8        Les limites et les perspectives de la Blockchain

Cette technologie comme toute innovation est confrontée à de nombreux défis qui vont demander des réponses.

Parmi ces défis, citons la consommation de puissance informatique et électrique et l’augmentation des coûts qui va de pair, la durée et la variabilité des délais de validation des blocs qui croissent avec la taille des chaînes, le pouvoir donné aux codeurs en particulier pour la rédaction des Smart Contracts, le maintien de la confiance quand le nombre de participants s’accroît, les incertitudes sur les régulations à venir, la modification dans le mécanisme des prises de décisions, la place des tiers de confiance à réinventer.

Les recherches en cours et les montants investis fourniront sans doute des réponses à court et moyen terme à certaines de ces limites.

On peut citer de nouveaux mécanismes de validation des blocs comme le passage progressif de la preuve de travail à la preuve par l’enjeu[61] qui pourrait fortement diminuer les besoins en puissance informatique et électrique.

De nombreuses autres pistes sont envisagées. Ainsi, toutes les transactions ne seraient pas validées par l’ensemble des nœuds avec la technique de Blockchain fragmentée ou sharding[62]. Ou bien des sous-groupes de participants appelés canaux effectueraient des transactions entre eux et n’en soumettraient qu’une partie à l’ensemble de la Blockchain. Sinon, des chaînes latérales (sidechains) avec un niveau de sécurité moindre et donc plus rapide pourraient traiter certains types de transactions, inférieures à un certain montant par exemple. Enfin, Un projet Polkadot propose d’interconnecter plusieurs blockchains.

D’autres envisagent de passer de la simple chaîne de blocs vers des graphes orientés acycliques dans lesquels on ne peut passer 2 fois par le même objet et qui offrent a priori un plus grand potentiel qu’une chaîne. Des projets tels que Byteball (paiements conditionnels) ou Iota (communication et paiements sécurisés dans l’Internet des Objets) les mettent en œuvre.

De leur côté, les tiers de confiance verront sans doute une importante évolution de leur rôle et de leurs compétences qui devront être aussi bien juridiques que technologiques pour valider la recevabilité des preuves de transaction, gérer les contestations qui ne disparaitront pas complètement, assurer la qualification juridique des Smart Contracts[63] ou des ICO[64].

  • Délai d’exécution des validations de blocs encore longs et non constants
  • Coûts financiers et énergétiques des infrastructures et du minage mais dans le cas étudié compensés par la valorisation du tri des déchets
  • Caractère « anti-système », frein voire un risque.
  • Nouveaux mécanismes de validation des blocs moins gourmands en énergie
  • Nouveaux modèles de blockchain : blockchains fragmentées (sharding), blockchains basées sur les DAG (Graphes orientés acycliques)
  • Passage à une échelle plus large (soit plusieurs activités dans une entreprise, soit entre plusieurs entreprises d’une même branche)
  • Modification dans le mécanisme des prises de décisions, pouvoirs donnés aux codeurs, impact de la rédaction de smart contracts
  • Place des tiers de confiance à réinventer

LES HYPOTHESES RETENUES

A partir des éléments présentés, nous souhaitions vérifier les hypothèses suivantes :

  • La mise en place et le frais de fonctionnement d’une blockchain représentent-ils un investissement trop important pour une entreprise, réduisant ainsi les opportunités individuelles en les obligeant à se regrouper ? De nouveaux acteurs suffisamment puissants profiteront-ils de cette opportunité pour offrir de nouveaux services à des coûts attractifs ? Enfin est-ce que le coût énergétique élevé de la validation des transactions sera un frein à son déploiement ?
  • Quels sont les apports recherchés par les entreprises qui s’intéressent à la blockchain ? La recherche d’une meilleure sécurisation des transactions est-elle l’unique apport de la blockchain ? La suppression des coûts et des délais de traitement des tiers de confiance est-elle suffisante pour poursuivre les expérimentations. Les smart contracts tiendront-ils leur promesse en impactant les coûts de transaction en réduisant entre autres les frais et les incertitudes de contentieux ?

 

Nous souhaitons ainsi explorer les raisons qui incitent les entreprises à investir dans la blockchain et à ainsi modifier leurs organisations et leurs modes de fonctionnement.

 

 

3        Méthode de recherche et terrain : mise en place d’une blockchain à la SNCF

3.1        Méthode de recherche

3.1.1       La phase d’exploration de notre objet de recherche et de notre problématique

Notre problématique s’est construite progressivement par une revue de littérature initialement orientée sur l’interrogation suivante : le Bitcoin dans la finance d’entreprise : intérêt, enjeu, opportunités puis par A FINIR

Afin de mieux cerner le sujet qui était nouveau pour nous, nous avons débuté cette revue par une démarche exploratoire en consultant deux sources d’informations différentes :

  • Tout d’abord, nous avons effectué une recherche d’articles académiques qui analysaient le sujet du Bitcoin sous les angles techniques (informatique, sécurité), bancaires, monétaires, finance d’entreprise ou juridiques.

Le recul sur ce sujet étant encore limité lors de cette revue, la littérature académique était relativement peu abondante, mais nous avons eu la chance de faire nos recherches à un moment où elle montait en puissance.

Devant la diversité des thèmes développés, nous avons commencé à faire des choix pour ne pas nous éparpiller.

Nous avons écarté les études liées au juridique et à la vie privée qui sont des enjeux importants, mais n’entrant pas dans le périmètre de notre master et que notre tuteur souhaitait voit traiter dans un autre master.

De même nous avons laissé de côté les études liées au monétaire dont la complexité ne convenait pas à une étude telle que la nôtre.

Bien que ne souhaitant pas développer de problématique sur la sécurité qui est hors du scope du master, cet aspect était important à creuser car c’est des enjeux les plus importants du Bitcoin et de la Blockchain.

Au final, ce sont les thèmes des institutions financières et de l’entreprise qui se sont dégagés.

  • En complément, nous avons recueilli des articles de la presse professionnelle, financière, informatique, des livres et des sites Web spécialisés sur ce sujet.

Nous avons observé dans ce domaine un flux très important de publications, ce sujet intéressant de plus en plus des secteurs aussi divers que la presse, les entreprises, les organismes financiers, les banques centrales et les Etats et autres organismes de régulation ou d’intermédiation avides de comprendre ce que recouvrait ce nouveau phénomène.

Ceci nous a permis de dégager de grandes tendances et de voir émerger certains sujets plus originaux et plus intéressants à long terme tels que la Blockchain et ses impacts sur les entreprises et les tiers de confiance que ceux qui étaient les plus médiatiques et s’intéressaient aux bulles spéculatives sur les cryptomonnaies, les ICO (Initial Coin Offering : c’est une méthode de levée de fonds, fonctionnant via l’émission d’actifs numériques échangeables contre des cryptomonnaies), le recyclage d’argent sale ou l’évasion fiscale.

Ces deux sources de données complémentaires nous ont permis de dégager les axes majeurs devant constituer notre objet de recherche et notre problématique.

3.1.2       L’approche de recherche déductive

S’est alors posée la question de l’approche à adopter pour définir notre sujet à partir d’une revue de littérature aussi ouverte.

Une approche bottom-up ou inductive aurait consisté à l’aborder en commençant par une recherche empirique large nécessitant de récolter une grande quantité de données terrain.

Il aurait ensuite fallu en dégager des pistes de réflexion nous conduisant à des cadres théoriques qui seraient au moins partiellement remis en cause par l’observation terrain.

Cette démarche présentait le risque de nécessiter trop de temps pour récolter suffisamment de données qui sont par nature plus difficiles à trouver sur un sujet émergent et ensuite, que ces données ne soient pas suffisamment cohérentes pour valider la mise à l’épreuve de ces cadres théoriques.

Sur recommandation de notre tuteur, cette démarche a été écartée au profit d’une approche top-down ou déductive consistant à partir des articles académiques de notre revue qui nous avait donné une vision large des réflexions en cours sur la Blockchain.

Le but était de nous appuyer sur des propositions théoriques pour ensuite passer à une vérification sur des cas particuliers pour ensuite revenir sur ces représentations théoriques et voir en quoi elles pourraient demander des évolutions face à un nouvelle réalité (Huberman et Miles[65], 1991 ; Collerette[66], 1995).

Nous avons choisi certains cadres conceptuels d’analyse des réalités économiques des entreprises qui nous paraissaient plus pertinents pour travailler dans un cadre bien délimité et maîtrisable.

C’est ainsi que nous avons écarté les réflexions sur le secteur bancaire et financiers pourtant fréquemment cité dans la littérature, mais dont le cadre réglementaire s’avère particulièrement dense et de plus en plus complexe et spécialisé, en particulier depuis la crise financière de 2007/2008.

D’autres objets de réflexion ressortaient régulièrement tels que la réduction des coûts pour les entreprises, la remise en cause de l’intermédiation et de la gestion des contrats et enfin les apports de l’innovation.

Nous avons alors décidé de nous intéresser aux transformations et aux bénéfices que pouvait apporter la Blockchain aux entreprises sans nous restreindre au départ à un secteur particulier. Garder un champ initial suffisamment large préservait nos chances de trouver un terrain pratique ce qui restait un de nos préoccupations principales.

Plus précisément et en phase avec notre formation, nous nous sommes focalisés sur les enjeux financiers qui pouvaient être impactés par la Blockchain, en particulier ceux liés aux contrats et aux intermédiaires (tiers de confiance) tels que développés par la théorie de l’agence (Michael C. Jensen et William H. Meekling[67]) et la théorie des coûts de transaction et de la firme (R. Coase, O.E. Williamson[68]).

Une fois ces hypothèses théoriques choisies, il fallait les mettre à l’épreuve de manière empirique c’est-à-dire en vérifiant par l’observation du phénomène blockchain si nos cadres théoriques pourraient se trouver impactés.

Une des techniques pouvant être utilisée pour cette approche empirique est l’étude de cas.

L’étude de cas au sens de technique de recherche (et non d’outil pédagogique de formation) est « une enquête empirique qui étudie un phénomène contemporain dans son contexte de la vie réelle » pour reprendre la définition de R. K. Yin[69] (1984) l’un des auteurs les plus fréquemment cité à propos de cette méthode.

Le cas sert entre autres à tester des théories, à éprouver des hypothèses, explorer ou réfuter (Joan le Goff, vertus problématiques de l’étude de cas, 2002).

L’étude de cas peut faire appel à différentes méthodes telles que l’observation, l’entretien semi-directif ou des techniques d’analyse du contenu (Hamel[70], 1997).

Il s’agit ensuite d’analyser le cas pour découvrir comment se manifestent et évoluent les phénomènes auxquels nous nous intéressons et en extraire des conclusions pouvant enrichir ou nuancer l’univers des connaissances et des théories (Collerette[71], 1997 ; Stake[72], 1994).

Pour conclure sur l’étude de cas, elle présente selon Isabelle Quentin[73] (2012) l’avantage d’être flexible car elle permet de commencer par de larges questions (l’utilisation de la Blockchain en entreprise), puis de se focaliser sur des points particuliers (les gains financiers, la réduction des coûts de transaction).

Elle présente cependant certaines limites, dont il faut être conscient, tel que la subjectivité de l’interprétation des données qui peut rendre difficile la généralisation des résultats.

3.1.3       La collecte des données primaires

Nous devions donc choisir une méthode pour récolter des données primaires (celles que nous pourrions établir nous-même) nécessaires à cette mise en lumière de notre problématique.

Pour nous guider dans nos choix, nous nous sommes appuyés sur les livres d’Usunier[74] et de Thiétart[75] décrivant les différentes méthodes de recherche en gestion.

En alternative, se présentait, l’approche quantitative que ce soit par questionnaire ou observation systématique. Nous l’avons écarté car le recueil d’une masse importante de données sur un sujet aussi jeune et dans notre contexte de travail n’était pas réaliste. Sans compter que le taux de réponse aux questionnaires est généralement faible. On peut ajouter que les questionnaires sont par nature fermés ce qui aurait pu nous priver d’informations intéressantes. De plus on ne peut pas savoir avec certitude qui a vraiment répondu au questionnaire.

Nous avons donc adopté une approche qualitative basée sur des études de cas.

Nous avons choisi de faire une étude de cas de type instrumentale au sens de Stake (1994), c’est-à-dire qui traite d’une situation qui comporte un grand nombre de traits typiques par rapport à l’objet de notre étude.

Celle-ci devait porter sur une expérience en cours ou aboutie de mise en œuvre de blockchain afin d’avoir un retour d’expérience concret sur les méthodes utilisées, les difficultés rencontrées, les solutions apportées et les retours économiques, financiers et organisationnels attendus et observés. Ce sera l’occasion de mesurer sur un ou plusieurs cas précis, le chemin qui va mener du concept à la mise en œuvre réelle et à la tenue des objectifs

Avec cette approche qualitative, les deux principaux modes de collecte sont l’observation et l’entretien.

Il nous était difficile d’avoir une démarche d’observation qu’elle soit participante ou non car il n’y avait pas de projet Blockchain dans les entreprises que nous connaissions bien. Sinon, la possibilité de trouver une entreprise avec une mise en œuvre opérationnelle de Blockchain qui de plus accepte de nous intégrer même de manière intermittente paraissait trop aléatoire.

Nous avons donc choisi de mener des entretiens en direct, de préférence individuels car les entretiens de groupe sont plus complexes à mener pour collecter des données pertinentes à cause des réticences éventuelles des participants à s’exprimer, des possibles enjeux de pouvoir ou d’interférences hiérarchiques que nous ne connaitrions pas.

Dans la perspective d’entretiens individuels, nous avons écarté les entretiens directifs qui relèvent plus du questionnaire et donc du quantitatif et suppose d’avoir des idées déjà bien arrêtées sur un sujet où nous étions en phase de découverte.

A l’opposé, une attitude non-directive présentait le risque de voir les entretiens s’écarter de notre cible en fonction des centres d’intérêt de notre interlocuteur ou des sujets qu’il aurait préféré éviter.

Nous nous sommes donc orientés vers des entretiens semi-directifs ou centrés pour lesquels nous avons choisi un certain nombre de thèmes précis à aborder lors des interviews tout en laissant à notre sujet la possibilité de construire son discours quitte à le relancer ou à le réorienter pour revenir à nos thèmes.

L’intérêt de cette démarche c’est qu’en laissant une relative liberté de notre interlocuteur, il pouvait nous faire découvrir des aspects nouveaux ou de nouvelles pistes de développement pour notre objet de recherche.

Au final, cette démarche visait avant tout à présenter des expériences de mise en œuvre de solutions basée sur la Blockchain en se focalisant sur les gains financiers espérés et éventuellement réalisés par des entreprises en lien avec à une diminution des coûts de transaction, le non-recours à des tiers de confiance ou un changement organisationnel remettant en cause les rapports principal–agent.

Il s’agit d’une première approche cherchant à démontrer l’intérêt de la Blockchain vis à vis des cadres théoriques que nous avons choisis.

Nous sommes conscients des limites de notre méthode reposant sur l’étude d’un nombre restreint de cas qui ne permet pas de généraliser nos observations. Cette généralisation ne pourra se faire que par l’accumulation d’autres cas qui seront plus facile à mener au fur et à mesure de la multiplication des projets basés sur la Blockchain.

3.1.4       La collecte des données secondaires

Pour élargir les perspectives ouvertes par notre étude en direct, nous avons décidé de nous tourner vers des enquêtes réalisées par des cabinets d’études et de conseil impliqués dans la mutation numérique des entreprises et/ou la Blockchain tels que Deloitte ou McKinsey.

Ces cabinets présentent l’avantage d’avoir les moyens de soumettre des questionnaires sur de larges échantillons probabilistes d’entreprises ce qui assure une représentativité nécessaire à la qualité des résultats, avec une garantie quant aux méthodes d’analyse des données appliquées. C’est donc une source intéressante d’études quantitatives complémentaires telles que les analyses sectorielles.

3.2        Terrain et collecte de données

Notre méthode de recherche étant défini, nous vous présentons les différentes étapes qui nous ont permis de définir et de trouver notre terrain de recherche puis dans un second temps, le processus que nous avons suivi pour collecter nos données de travail.

3.2.1       La recherche de terrain

Notre première contrainte, compte tenu de l’émergence du sujet a été de trouver une entreprise expérimentant la Blockchain et touchant à un domaine concernant un public significatif.

Nos recherches pour trouver l’organisme ou l’entreprise qui se sont investis dans la technologie Blockchain se sont effectuées grâce aux informations disponibles sur le site « Blockchain France ». En effet ce portail internet nous a servi de point d’entrée pour avoir une vue d’ensemble des entreprises qui se lançaient dans l’aventure Blockchain.

Rappelons que depuis 2016, cette entité est le leader du conseil et de l’accompagnement pour les entreprises sur la technologie blockchain. Elle guide les organismes dans la découverte, l’exploration et le déploiement de cette technologie.

En accord avec notre tuteur nous avons souhaité cibler notre étude sur une entreprise n’appartenant pas au secteur bancaire. En effet ces activités reposent sur des particularités qui auraient nécessité de faire référence à des théories monétaires qui n’entraient pas dans le cadre de notre formation. Le secteur financier est de plus le secteur le plus présent dans le domaine de la recherche, comme dans les médias et il semblait plus intéressant et pertinent d’étudier l’intérêt de la blockchain dans les domaines moins explorés.

Nous avons écarté également les entreprises encore en phase de réflexion ou dont les projets n’apportaient pas suffisamment d’éléments pour l’analyse de nos hypothèses.

Par exemple : Air France KLM évalue actuellement le potentiel de la blockchain pour la gestion des pièces de rechange sur les avions en service.

 Et l’industrie musicale s’est engagée dans une réflexion sur l’automatisation et la personnalisation de la gestion des droits d’auteurs.

Enfin, pour disposer d’une meilleure qualité d’échange, nous avons souhaité nous concentrer sur les entreprises françaises.

3.2.2       Le projet choisi

Notre attention a été retenue par l’expérience menée à la SNCF, présente sur l’ensemble du territoire, porteuse d’une image de dynamisme et de modernité dans un secteur, celui des transports, vital pour l’économie. L’Epic (Etablissement public industriel et commercial) « SNCF mobilité » – Gares & connexions au travers de sa filiale AREP venait d’expérimenter l’utilisation d’une blockchain pour la gestion des déchets de la gare de Massy TGV.

Données sources : Rapport annuel d’activité

Ce qui rend également intéressant ce projet, est qu’il apporte une réponse très novatrice, pour l’instant à un niveau local, en appliquant la technologie Blockchain à la gestion et au tri des déchets dans la gare de Massy TGV, à un problème majeur à l’échelon mondial.

Le développement de notre civilisation de consommation a engendré une production croissante de déchets de toute nature. Dès 1970 les interrogations et les contestations du modèle consumériste deviennent prégnantes ; la notion de tri et la prise de conscience de la nécessité du recyclage pour lutter contre la surconsommation des ressources naturelles apparaissent. Les dispositions de la loi du 13 juillet 1992 sur l’élimination des déchets, donnent un cadre juridique à ces pratiques. En effet en triant de façon rigoureuse nous réalisons des économies de matières premières (toutes les matières recyclées n’ont plus besoin d’être créées) et d’énergie (le recyclage nécessite moins d’énergie que la fabrication de ces matières).

De plus, la généralisation de ces technologies intéressera la totalité des entreprises, toutes productrices de déchets. Ces réflexions vont dans le sens des travaux à l’ordre du jour, en 2016, de la COP 21 qui s’est tenue à Paris. En 2017, lors de la COP  23 à Bonn, dans le cadre de la lutte mondiale contre le réchauffement climatique, les Etats sont tous à la recherche de toute innovation permettant de compenser l’empreinte carbone. Le tri et le recyclage des déchets ne sont plus uniquement considérés comme un problème environnemental mais aussi comme un enjeu majeur de gains de productivité pour les partenaires économiques.

3.2.3       La prise de contact

A partir d’une première recherche effectuée sur « Blockchain France », nous avons poursuivi notre quête de terrain en utilisant les mots clés suivants dans un moteur de recherche « SNCF » et « Blockchain » ce qui nous a permis de trouver les coordonnées d’un contact pour réaliser notre première interview.

Nous avons trouvé le service et identifié le chef du projet : Etienne BURDET au sein de « SNCF mobilité » – Gares & connexions au travers de sa filiale AREP.

Créé en 1997 au sein du groupe SNCF, AREP est un bureau d’étude pluridisciplinaire composé de 900 personnes ayant pour vocation la conception et l’adaptation des espaces fréquentés par le public (chiffre d’affaires 2015 : 60 millions d’euros) en France et à l’étranger. AREP peut ainsi être sollicitée par la SNCF pour améliorer la qualité d’accueil des gares. Ses activités ne se limitent pas à l’environnement ferroviaire, à titre d’exemple, elle mène actuellement une étude sur l’aménagement du port maritime de Marseille.

Un premier contact a été établi par un échange de mails. Nous avons exposé le cadre de notre projet de recherche et l’objet de notre étude afin de nous assurer de la compatibilité entre le projet mené par AREP et nos attentes.  Cette condition préalable ayant été remplie, un rendez-vous a été fixé au 3 juillet 2017 ; pendant cette période estivale, notre correspondant avait plus de temps à nous consacrer.

Un second interlocuteur nous a été suggéré par M. Burdet qui nous a appris que la SNCF avait fait appel à la start-up Keeex pour développer une solution blockchain dans le domaine de la traçabilité de documents de références liés aux travaux sur les voies ferrées et sur la simplification de processus d’exploitation. Nous avons suivi la même démarche pour trouver les coordonnées d’un correspondant. Nous avons pris rendez-vous pour un entretien téléphonique le 2 août 2017 avec Laurent HENOCQUE, fondateur et CEO.

KEEEX est une start-up créée en 2014, elle développe pour ses clients des solutions numériques utilisant notamment la blockchain. Ainsi, elle a lancé la première application « photo proof » permettant de certifier l’intégrité et l’authenticité d’une photo en intégrant au cliché des informations de géolocalisation et un horodatage. Ce processus permet d’avoir la certitude que document est bien l’original non modifié. Une fois horodaté, cette information est ajoutée à un bloc en préparation. Une fois ce bloc rempli (1 Mo dans le cas du bitcoin standard), il est ajouté à une Blockchain Bitcoin permettant d’enregistrer l’existence du fichier. Cette procédure permet de réduire le coût de transaction en mutualisant de plusieurs opérations dans un seul bloc, car c’est la validation du bloc qui est facturée.

3.2.4       La préparation des entretiens

Nous connaissons désormais l’entreprise et nos interlocuteurs. En amont des rencontres, nous avons conçu un guide d’entretien. Il devait nous permettre de confronter nos hypothèses de travail aux expériences engagées sur le terrain.

L’enquête par entretien nous est apparue comme étant le processus le plus pertinent, en effet il est de par sa nature une démarche exploratoire. A. Blanchet et A. Gotman[76] le présentent de la manière suivante : « L’entretien s’impose chaque fois que l’on ignore le monde de référence, ou que l’on ne veut pas décider a priori du système de cohérence interne des informations recherchées ».

Afin que nous puissions garder un point de vue objectif, notre méthode d’interview a laissé une grande liberté de parole à nos interlocuteurs.

Parallèlement nous avons retenu quatre thèmes qui servent à structurer notre démarche : les motivations, la mise en place de la Blockchain, les changements de fonctionnements, les perspectives envisagées ; ce qui nous a également conduit à préférer des entretiens semi-directifs. Il est caractérisé de la sorte car les questions posées ne sont ni entièrement ouvertes, ni entièrement fermées. Il convient parfaitement au chercheur qui dispose d’une trame d’entretien et de thèmes suffisamment larges pour que l’interviewé puisse librement s’exprimer et choisir les sujets qu’ils souhaitent mettre en avant. Le chercheur essaie simplement de recentrer l’entretien sur les thèmes qu’il a prédéterminé. Nous avions bien sûr une logique de déroulement de nos entretiens, mais nos interventions devaient rester souples. Nous pouvions ainsi mieux adapter nos questions à chaque réponse de nos interlocuteurs. Notre attitude toujours réceptive favorisait un lien entre les réponses apportées et les thèmes initialement prévus.

Ainsi, il a été plus facile de comprendre la dynamique, les particularités du contexte pour mener à bien notre collecte de données.

3.2.5       La réalisation des entretiens

Pour le premier entretien, nous avons rencontré M. Etienne BURDET, chef de projet SmartCity, chez Arep – filiale de Gares & Connexion dans un restaurant proche de son bureau à Paris. Notre interview a duré une heure et demie.

Avant de débuter, nous avons demandé l’autorisation d’enregistrer les échanges dans le but de mieux écouter le récit, de réagir à bon escient et donc de partager des échanges plus riches. Nous avons pu faire des allers retours entre l’application et notre questionnement issu de notre revue de littérature. Si ce 1er entretien a eu lieu en face à face, le second, compte tenu de l’implantation de la start-up Keeek à Marseille s’est déroulé par téléphone pendant une heure.

Sa teneur a été également différente : M. Burdet nous a expliqué le déroulement d’une expérience concrète (collecte de déchets sur le site de la gare de Massy TGV). Quant à M. Henocque, fondateur et CEO de Keeex, il nous a expliqué les solutions trans-entreprises qu’il a créées à partir de la technologie Blockchain dans le domaine de la traçabilité de documents.

Autant le premier entretien, reposait sur une application concrète dans un cadre précis de l’utilisation d’une blockchain, le second lui a été beaucoup plus théorique et a détaillé les mécanismes qui amènent ou pas à développer une blockchain. Toutefois ce deuxième entretien nous a permis de conforter nos hypothèses de travail et confirmer les éléments collectés lors du premier.

L’entretien exploratoire tel que nous le percevions, avant de commencer notre interview se voulait être un dialogue structuré sur la base des questions que nous avions préparées.

Or, notre entretien s’est avéré correspondre à un échange où se mêlaient les épisodes du vécu professionnel et les réponses plus ciblées à partir de notre questionnement. Ce dialogue moins formel nous a permis d’élargir et de nourrir notre éventail de questions initiales sans nous détourner de nos objectifs.

C’est ainsi qu’aux quatre grandes orientations rappelées ci-dessous :

  • Comment est née l’idée d’utiliser la blockchain ? A quel besoin répondait-elle ?
  • Comment a-t-elle été mise en place, avec quels moyens ? Quelles ont été les difficultés rencontrées ?
  • Quels ont été les retours d’expérience sur les smarts contracts ?
  • Les résultats constatés répondaient-ils aux attentes ? Quels ont été les impacts sur les processus et l’organisation ? Quelles sont les perspectives d’évolution et d’extension ?

D’autres thèmes ont émergé.

  • Pourquoi choisir une blockchain publique ?
  • Comment la blockchain peut-elle fonctionner sans crypto monnaie ?
  • Comment les parties prenantes ont-elles réagi ?

3.2.6       L’utilisation des entretiens

Nous avons écouté à plusieurs reprises les enregistrements. Leur durée et leur densité a nécessité une transcription pour hiérarchiser et classer les données recueillies.

Ce travail pourrait paraître fastidieux compte tenu de la durée de la retranscription (environ huit heures par enregistrement). De plus le restaurant pour le premier entretien s’est révélé assez bruyant, ce qui a parasité la clarté de l’enregistrement.

Cependant, ce travail nous a été d’une grande aide pour clarifier et analyser les éléments clés de ces récits.  Il est en effet plus aisé de traiter une information par thème lorsqu’elle est écrite. A partir des points essentiels nous avons pu ainsi organiser notre réflexion pour réaliser notre étude de cas.

Nous avions de plus, put disposer de différents documents de travail sur l’élaboration de ce projet à la gare de Massy TGV.

4        Le cas pratique : d’un process manuel et faillible à un système autonome et sécurisé

Chaque jour, en France, ce sont 5 millions de voyageurs (rapport d’activité 2016 de la SNCF) qui utilisent les différents transports ferroviaires (TGV, TER, Intercités, RER…). Ces flux de personnes ont un impact sur l’environnement. Selon l’étude sur la fréquentation des grandes gares franciliennes réalisée en mars 2015, la gare de Paris Saint-Lazare (station accueillant le plus de trafic en France avec 359 200 voyageurs par jour) doit gérer 1 300 tonnes de déchets par an (soit le poids de 3 supertankers). D’une manière générale, la SNCF doit traiter 10 grammes de déchets par voyageur par jour. C’est pourquoi la gestion des déchets en gare est devenu un enjeu majeur.

Source : la fréquentation des grandes gares franciliennes

Comme toutes les entreprises productrices et détentrices de déchets, la SNCF doit s’adapter à la réglementation relative à la préservation de l’environnement et des ressources. Les déchets visés regroupent à la fois ceux produits par l’entreprise dans le cadre de son activité mais également ceux émanant de ses clients dans ses installations. La loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte encourage la lutte contre les gaspillages, la réduction des déchets à la source, leur tri et leur valorisation.

Au début de l’année 2016, AREP (filiale de la SNCF Gares et connexions) a été missionné pour analyser et tester des scénarios de traitement des déchets à l’échelle de la gare de Massy TGV. Cette gare bien que modeste par son nombre de voyageurs annuel : un peu moins de deux millions et le volume de déchets à traiter : 17 tonnes ou 4 400 m3 (l’équivalent d’une piscine olympique). La gare doit faire face au traitement d’une diversité des déchets réparti en trois types :

  • La poubelle grise : déchet ordinaire ne faisant pas l’objet de tri ;
  • La poubelle jaune : bouteille en plastique, boite en carton, canettes ;
  • La poubelle bleue : journaux et magazines.

Il en résulte une complexité dans la gestion des contrats avec les prestataires (restaurant, boutique, personnel d’entretien et camion de ramassage). L’ampleur de la mission est réelle ; une vaste évaluation du fonctionnement des intervenants, de leurs interactions constituera le socle de l’étude. L’un des intérêts de ce travail est la méthode utilisée par AREP qui a procédé par tests empiriques avant d’aboutir à l’appropriation d’une technologie émergente. L’enjeu à terme est aussi que les nouveaux procédés mis en place sur le site de la gare de Massy TGV serviront de référence soit à son déploiement soit par adaptabilité sur d’autres sites SNCF voir extérieurs.

4.1        L’analyse de la situation initiale : constat par AREP de dysfonctionnements graves

La première étape a consisté à examiner les maillons de la chaîne de la collecte des déchets, de leur tri et de leur enlèvement. Le traitement des déchets en gare de Massy TGV est préoccupant : tous les bacs, avec des contenus indifférenciés sont sortis tous les jours, sans vérification des jours ou des horaires et donc sans lien avec les tournées de ramassage.

Les employés, en première ligne, susceptibles de rencontrer des difficultés ou de ne pas maîtriser le français et donc de ne pas comprendre les consignes ou de ne pas les appliquer, sortaient l’ensemble des bacs non triés dans le souci d’éviter toute sanction ou conflit.  Les producteurs de déchets (usagers et commerçants) considéraient que les poubelles étaient vite pleines et pas assez rapidement sorties.  De même le personnel en gare face à des poubelles pleines insistait auprès des employés en charge de l’évacuation des déchets pour qu’ils sortent les poubelles sans tenir compte ni de leur contenu ni du jour. Cet environnement mal contrôlé, notamment par le personnel de gare, laisse certainement une trop grande opportunité à l’agent pour privilégier son propre intérêt au détriment de celui de l’entreprise (la sortie des déchets peut servir de prétexte pour prendre une pause supplémentaire).

Le résultat de cette désorganisation aboutit à ce que des poubelles pleines restées toute la journée aux abords de la gare, encombrent les trottoirs et dégradent ainsi l’image de la gare. Cette situation a deux conséquences immédiatement perceptibles. L’encombrement de la voierie est gênant et insalubre et au lieu d’inciter des passants ou usagers de la gare à trier, il accroît les comportements d’incivilité. C’est un cercle vicieux qui augmente par ailleurs la charge de travail des employés qui doivent trier les déchets à la place des usagers. C’est une dépense supplémentaire pour un travail non prévu initialement. Ces bacs débordants et hors des créneaux horaires prévus sont par ailleurs sanctionnés par des amendes : la gare de Massy TGV payait jusqu’à 200 € par jour (soit 73 000 € par an).

Cette absence de tri désorganise aussi la tâche du second intervenant du circuit : les prestataires en charge du ramassage des déchets recyclables finissent par ne plus s’arrêter mais continuent à facturer leur prestation. Ces sociétés considèrent que la gare ne trie pas efficacement ses déchets (cartons, papiers ou plastiques) et risque de compromettre le contenu de leurs camions. La sanction financière est importante : il est à noter que le coût du ramassage des déchets est différent selon leur nature, ainsi les déchets recyclables seront facturés moins chers que les ordures ordinaires qui sont incinérées. Ce mécanisme a pour but d’orienter les entreprises vers la valorisation de leur déchet et une limitation de la pollution en CO2. Dans tous les cas de figure, la facture est établie selon le nombre de bacs et non selon poids exact de déchets évacués.

L’examen détaillé du trajet d’un bac de déchet par AREP démontre qu’aucune vérification, aucune coordination n’ont été mises en place par la gare pour s’assurer d’un résultat efficace et satisfaisant pour les parties.

L’unité gare ne disposant d’aucun élément pour mesurer et connaître la nature et le volume des déchets produits à Massy, et était voué à supporter les pénalités financières. Il lui était impossible d’apporter des arguments pour contester la surfacturation des prestataires en charge du ramassage des déchets.

4.2        L’élaboration d’une réflexion

Afin de réduire les dysfonctionnements, quelles solutions proposées par les outils de gestion traditionnels auraient pu être mise en place ?

Les plus évidents auraient été de développer les contrôles. Pour ce faire, le recrutement de personnel encadrant aurait été nécessaire ce qui aurait engendré des coûts très importants de surveillances supplémentaires. Une autre solution aurait pu consister à recourir à un tiers de confiance : un audit extérieur pour évaluer la fiabilité du travail effectué (jour et heure de sortie des conteneurs). Il aurait été envisageable également de commander une étude à un expert pour définir précisément le volume des déchets et leur nature. Dans le meilleur des cas les économies réalisées par la suppression des amendes et par une réduction du montant des factures d’enlèvement des déchets (factures au réel et non plus au forfait) auraient été absorbées par une augmentation des coûts de contrôle et de réorganisation. Ces solutions n’auraient sans doute pas permis d’améliorer la performance de l’entreprise. De plus, il s’agit de mesures coercitives qui ne sont pas le meilleur moyen de motiver les différents intervenants pour résoudre un dysfonctionnement.

Une autre hypothèse pourrait apparaître comme facilement réalisable. Au sein de sa structure, la gare aurait pu mettre en place un système de pesée afin de vérifier que le poids des déchets transmis correspondait bien à celui que le prestataire facturait. Se poserait alors le problème de la transparence de l’information. En effet, pourquoi le prestataire accepterait-il d’établir sa facture sur la base d’une information fournie par le client sans autre élément de preuve ? Toute transaction reposant sur la confiance, il faut donc que celle-ci soit recréée. Tant que le risque de contentieux lié à l’asymétrie d’information est élevé, le prestataire craindra pour son chiffre d’affaires. Seul le recours à un tiers de confiance tel un avocat ou tout intermédiaire reconnu comme neutre sera rendu nécessaire afin de réduire des différends entre les parties. Mais là encore, l’économie liée à la réduction du montant des factures aurait, au mieux, été absorbée par les frais de production d’éléments justificatifs.

La réaction la plus évidente des services financiers a été de proposer ces deux solutions visant à renforcer les contrôles. La première, qui nécessite le recrutement d’encadrant qualifié et ou des experts onéreux ne se justifiait pas sur le plan économique. La seconde, en apportant certes une information tangible (le poids des déchets) n’était considérée comme fiable que par une des parties et jugée contestable par l’autre. Or la défiance est un élément incompatible avec la bonne réalisation d’une transaction. Ces options n’ont donc pas permis pas de déboucher sur un processus satisfaisant d’amélioration des difficultés rencontrées à la gare de Massy. Dès lors, de nouvelles approches sont recherchées par AREP.

Au cours d’un concours d’innovation interne dans le cadre d’un « design thinking » (ou design créatif, concept créé par Rolf FASTE, désigner américain), les collaborateurs de différents horizons d’AREP se sont intéressés à la problématique des déchets et de la complexité de leur gestion dans une gare. L’objectif du « design thinking » est de faire réfléchir une petite équipe constituée de membres aux origines diverses cassant ainsi les préjugés afin d’émettre des idées novatrices. Il faut ensuite les tester pour arriver, de proche en proche, mais sans rien s’interdire jusqu’à l’émergence d’un nouveau concept.

 

Quelles sont les origines des dysfonctionnements constatés ? Quels écueils faut-il surmonter ?

 

AREP a testé plusieurs idées peu contraignantes dans le but de renouer les maillons de la chaîne de tri. La logique de l’expérience est de « générer et faire circuler l’information pour une amélioration quantitative ». Il faut être sur tous les fronts et mener la réflexion avec les clients, les employés d’entretien, le personnel de la gare et les entreprises de collecte.

A destination des clients : une signalétique correspondant aux trois couleurs des bacs et visible dès l’accès à la gare, style kakémono (affiche plastifiée suspendue à des portants) a été mise en place. En cas de doute le client peut même envoyer un message via le canal Slack afin de faire le bon choix de poubelle. Slack est une plate-forme de communication collaborative permettant d’échanger des messages, des documents. Elle est organisée en canaux, chacun étant dédié à un sujet spécifique, un projet ou une équipe. Ces échanges ont apporté des solutions ponctuelles. Mais, par exemple la question récurrente relative à la caractérisation des gobelets de café est restée sans réponse satisfaisante. Or leur nombre est conséquent comme dans toute gare, et ceux-ci trop souvent jetés à tort dans les poubelles jaunes au lieu du bac ordures ménagères, invalident la qualité du tri.

A destination des employés : Afin de dépasser la barrière de la langue et d’informer très précisément de l’instauration de nouvelles pratiques, un système de code couleurs associé à chaque nature de déchets est créé, un code QR (type de code-barres plus sophistiqué composé de carrés noirs sur un fond blanc[77]) est installé sur chaque bac qu’ils doivent flasher à l’aide de leur smartphone à chaque sortie. Parallèlement, l’utilisation d’un semainier en liaison avec le code couleur des bacs permet aisément d’associer la couleur du bac avec son jour de sortie.

A destination des prestataires : le code QR est également scanné par la société de ramassage indiquant ainsi qu’elle a bien collecté les déchets et à quel moment.

Le premier maillon composé des agents de terrain fonctionne de manière fiable, une bonne collaboration s’est installée. L’utilisation des smartphones au quotidien a permis de contourner les difficultés de lire les textes en français. Ces agents apparaissent désormais comme des partenaires clés qui apportent des idées d’amélioration. Le déploiement des outils de connexion, simple, peu onéreux sur les bacs permet rapidement d’avoir des informations transmissibles en temps réel.

En effet, des capteurs beacons bluetooth (balises sans contact) dédiés à la logistique, ont été installés sur les bacs. Ces boîtiers d’un coût relativement modeste (inférieur à 50 €) sont peu énergivores ; ils émettent à intervalle régulier des signaux qui sont alors transmis aux smartphones. La fiabilité de ce système est quasi assurée, alors que l’enregistrement manuel par flash des codes QR était susceptible d’erreur (oubli, doublon). Le risque d’une balise défectueuse est très faible. Les agents disposent ainsi d’informations sur la localisation de la poubelle. Il devient désormais possible de connaître en temps réel et tout moment où se trouve un bac et à fortiori de savoir si il se trouve à l’endroit approprié.

Simultanément, la pesée manuelle des déchets sera désormais remplacée par un dispositif de pesée automatique au sol sur le passage des bacs.

On peut considérer que le cheminement d’un bac de son lieu de stockage à son lieu de ramassage est désormais connecté.

En revanche la dernière phase du trajet des bacs au moment de leur ramassage, est encore problématique. Les différences entre les quantités facturées et celle réellement produites sont encore trop importantes : ils restent encore des passages à vide des camions qui sont facturés. Mais le bilan de ces prototypes permet de disposer de données nouvelles en temps réel qui permettront d’améliorer d’une part le bilan environnemental et le montant des factures.

AREP s’est alors attaché à résoudre les deux questions liées à la surfacturation des déchets. La première cause est due à l’absence de leur pesée. Le prestataire établit sa facture sur la base d’un prix forfaitaire par nombre de bacs.  AREP a commencé par peser manuellement les déchets pendant une semaine et a constaté sur le terrain qu’il existait un écart important entre le poids des sacs pesés et le poids forfaire facturé. Ponctuellement, au vu de cette information, le prestataire a accepté de réajuster le prix des factures en éditant un avoir qui s’élève à 2 000 euros pour un mois.

La seconde origine de la surfacturation est l’absence de tri des déchets, après une semaine de manipulation de sacs pour la pesée, AREP a visuellement constaté que la majorité des déchets sont recyclables ce qui représente entre 60 et 120 kilos par jour. Cette catégorie recyclable sera source dans le futur d’une facturation revue à la baisse.

Un autre point positif  notable est que l’ensemble des intervenants (employés, commerçants et personnel de gare) ont été largement associés et informés de ce nouveau dispositif dans le but de réduire l’asymétrie d’information et de rétablir la confiance sur l’ensemble de la chaîne. Chacun a pris connaissance et partagé les mêmes consignes.

De cette concertation, il apparaît que le différend entre les acteurs ne provenait pas du non-respect des consignes ou d’une mauvaise interprétation de ces dernières. Certains bacs sont pleins avant leur heure de sortie, il devient par conséquent impossible de respecter la consigne de sortir les poubelles pleines tout en se conformant au semainier.

Cette démarche a permis de mettre en lumière l’inopérabilité des directives avec le quotidien de la gare. L’intérêt des agents étant divergents dès l’origine, un bon fonctionnement était largement compromis

AREP ne peut que constater que ces tests concernant, le désengorgement des trottoirs, la fin des amendes et la reconnexion avec les camions de ramassage, montrent que ces objectifs n’ont été qu’en partie atteints et cela grâce à un investissement humain conséquent. Ce type de fonctionnement n’a de sens que pendant une courte période de test mais maintenu sur le long terme elle serait beaucoup trop consommatrice de temps et de ressources.

AREP se pose alors la question de la cohérence des consignes

L’origine du problème vient vraisemblablement des contrats passés. La fréquence de passage était devenue inadaptée à l’activité réelle de la gare ; la quantité de déchets était estimée trop approximativement et leur nature pas valorisée.  A ce stade de sa réflexion, AREP s’intéresse à l’examen des contrats passés avec chaque prestataire.

L’objectif est de recréer une adéquation entre les termes de nouveaux contrats et des nouvelles réalités de la gare de Massy. Le concept de tri étant devenu la priorité de la gestion des déchets, celui-ci doit apparaître comme telle dans le contrat à rédiger.

S’agissant des activités soumises aux aléas des mouvements humains (vacances, grèves, météorologie…), les termes des contrats doivent aussi garantir une certaine souplesse et une grande réactivité.

Une autre nouvelle contrainte est une législation récente, innovante et en évolution permanente qui nécessite de toute évidence des ajustements très fréquents dans les termes des contrats.

Les champs du tri et de la valorisation des déchets ont fait l’objet de la loi de 2015. Des orientations et des recommandations étaient clairement édités à l’attention des entreprises. Désormais, un décret de mars 2016 vient rendre obligatoire à partir du 1er juillet 2016, le tri à la source et la valorisation de 5 flux de déchets pour toutes les entreprises productrices ou détentrices de déchets. L’obligation porte sur le papier  / carton, le métal, le plastique, le verre et le bois. La finalité de cette réglementation est de toujours plus réduire la consommation de nouvelle matière première, l’émission de CO2 en renforçant le recyclage des déchets.

La réalisation de ce tri se voit matérialiser par la délivrance, par le prestataire chargé de la collecte, d’attestation annuel justifiant les quantités exprimées en tonnes, la nature des déchets et leur destination finale. La SNCF est dans l’obligation de se doter des moyens et de l’organisation pour s’y conformer dans un délai très contraint.

Et si le big data, traitement de données massives et complexes, pouvait contribuer à l’émergence de nouvelles solutions ? Une des pistes de réflexion mène à l’utilisation offerte par une nouvelle technologie : la blockchain.

4.3        La solution disruptive : la Blockchain

4.3.1       La mise en place de la blockchain : enregistrement de données et création de smart contracts sur Ethereum

Le premier travail mené par AREP a abouti à l’identification de l’origine des dysfonctionnements et la proposition des solutions ponctuelles, mais pas encore à la création d’outil lui permettant de stocker, utiliser et partager les données qu’il s’est efforcé de fiabiliser.

Il existe différentes sortes de systèmes blockchain, le plus connu étant celui de la cryptomonnaie Bitcoin. Il serait bien trop réducteur de limiter l’intérêt de la blockchain à cette seule utilisation. Elle possède d’autres fonctions qui peuvent être utiles au développement d’une entreprise.

En effet, quel que soit la Blockchain utilisée, elles ont en commun d’avoir la fonctionnalité d’un grand registre distribué dans lequel s’inscrivent toutes les transactions afin qu’elles deviennent accessibles à tous les acteurs en temps réel, sans lieu de stockage unique.

On lui attribue généralement trois fonctions qui peuvent être mises en œuvre simultanément ou non : une fonction de paiement, une fonction de registre des transactions, et une fonction d’instructions automatisées. Dans ce dernier volet, le mécanisme permet d’édicter automatiquement un contrat adapté à la transaction passée par un des acteurs du système, on parle alors de : « smart contract ».

Le « smart contract » – contrat intelligent – est un programme informatique mettant en application un contrat traditionnel (non numérique). Il exécute ainsi automatiquement les clauses du contrat dès que les conditions ont été réunies. Le code est autonome, les parties prenantes (humaines) n’ont plus à interagir et ne peuvent pas interférer dans son déclenchement. Ce code informatique permet l’exécution automatique sur un réseau décentralisé (de pair à pair) d’un ensemble de décisions et d’actions encodées en amont de l’exécution dudit contrat. Ces nouveaux processus appliqués à la gouvernance des entreprises instaureront une plus grande réactivité tout en utilisant des données fiables et sécurisées sans l’intervention ou le contrôle d’un tiers.

Autrement dit, la technologie blockchain offrira la possibilté à différents opérateurs de réaliser des transactions prévues en enregistrant leurs actions dans un système électronique programmé pour sécuriser l’ensemble des opérations en question.

AREP a cherché sur quelle technologie blockchain il pouvait s’appuyer pour enregistrer et traiter les informations transmises d’abord par le procédé QR code puis remplacé par les beacons bluetooth.

Deux options sont possibles soit une blockchain publique soit privée.

Dans une blockchain publique ou blockchain « originale », tous les nœuds (capacité de calcul, exemple un ordinateur) qui constituent le réseau, s’auto-contrôlent (réseau peer to peer, « d’égal à égal). Il n’y a pas de barrière à l’entrée, tout le monde peut lire l’ensemble les transactions et y ajouter les siennes. Les modifications des règles de fonctionnement ne sont possibles que si la majorité des participants y est favorable. Tous les acteurs, qui peuvent restés anonymes, détiennent les mêmes droits et peuvent participer à la validation des transactions (minage : proof of work ou forgeage : proof of stake), c’est notamment le cas pour la blockchain Bitcoin et Ethereum.

A l’inverse, une blockchain privée s’exécute sur un réseau privé sur lequel une autorité centrale crée et modifie les règles à suivre sans avoir besoin du consentement des autres participants. Pour rejoindre cette blockchain, il faut au préalable s’identifier et y avoir été autorisé par l’organe décisionnel. Les droits des membres sont définis et restreints. A titre d’exemple on peut citer le consortium R3 réunissant les plus grands établissements financiers internationaux (Goldman Sachs, JP Morgan, BNP Paribas…).

 

Compte tenu de la taille du projet (une seule gare), AREP n’avait aucun intérêt à développer une blockchain privée qui aurait nécessité un coût de développement important. La blockchain publique permet une plus grande souplesse dans la gestion des partenaires, il est inutile de gérer les droits d’entrées et de sorties de chacun lors d’un changement de prestataires. De plus l’aspect partage de l’accès aux données est une fonctionnalité déterminante. La blockchain restaure la confiance entre les partenaires en leur permettant de lire les mêmes informations en temps réel, réalisant ainsi un partage équilibré de l’information.

AREP choisit Ethereum qui a pour crypto monnaie l’Ether. Cette blockchain est récente, elle a été fondée en 2014 par Vitalik Buterin[78]. D’un point de vue de la performance technique[79], Ethereum est supérieur à Bitcoin. Il propose des tailles de blocs (les transactions sont enregistrées sont regroupées dans un bloc) plus importantes (aucune limite pour Ethereum contre 1 MB pour Bitcoin) et des temps de minage plus courts (14 secondes pour Ethereum contre 10 minutes pour Bitcoin). Mais la principale différence d’Ethereum ne réside pas que dans sa performance technique.

Aux fonctions de la technologie la plus connue qui assure le fonctionnement du Bitcoin, cette blockchain permet non seulement de certifier, horodater et sécuriser des transactions mais aussi de structurer des échanges. Elle n’est pas dédiée uniquement à la gestion de devises. Ethereum est complètement appropriable pour d’autres activités. Elle permet ainsi de créer tout type d’applications et aussi, c’est ce qui a été déterminant pour AREP, de mettre au point un système d’enregistrement d’actifs et de smart contracts. Cette technologie dispose par conséquent de tous les mécanismes nécessaires à la logistique de flux et dans notre cas à la gestion de chaîne des déchets : de la collecte, au ramassage jusqu’à son recyclage ou à son incinération supprimant les intermédiaires et à l’avenir de s’adapter à l’accroissement des flux spécifiques des déchets. La première fonction de la blockchain testée par AREP fut l’horodatage afin d’enregistrer les heures et les jours des bacs. Ce test permettait de compiler toutes les données de mouvements des bacs et de s’assurer qu’ils étaient bien sortis.

L’enregistrement d’actifs est une digitalisation, soit l’intégration d’un élément physique (exemple : une monnaie l’Ether) ou d’une action réelle (exemple : un droit de vote pour the DAO) sur la blockchain. Cet actif dispose des mêmes caractéristiques qu’un bien commun : une identité et un propriétaire qui dispose de droit lui permettant de le prêter, le transférer, le vendre ou le détruire. Il représente l’unité de base dans la transaction. Dans l’environnement blockchain cet élément est référencé sous le nom de « token » (jeton).  On peut distinguer deux natures de token différentes. Il est soit créer par le protocole même de la blockchain (les crypto monnaies) ou pour les besoins propres à un programmeur. Ces derniers sont alors utilisables sur une application web construite en sous-couche qui manipule la blockchain.

Dans notre situation, AREP a recréé virtuellement des kilos de déchets en langage numérique pour répondre à sa problématique. Il n’existe pas de limite à son développement. Ainsi il a été possible d’attribuer à chaque nature de déchets de la gare un token spécifique permettant de reproduire la nature des déchets. Il est également possible d’en créer autant que l’on souhaite, soit autant que l’on a de kilos de déchets. Cette étape représente le pivot de l’avancement du prototype. Cela ouvre alors la voie à un système économique transactionnel entre acheteurs et vendeurs sans intermédiaire.

Un contrat de vente est « une convention par laquelle l’un s’oblige à livrer une chose, et l’autre à la payer »[80]. Le token permet donc de reconstituer l’un des éléments fondamentaux nécessaire à la rédaction d’un contrat. Les smart contracts écrits à partir d’une API (une interface de programmation applicative), et une fois définis, vont pouvoir s’exécuter automatiquement en manipulant les tokens. Ils sont visibles et accessibles par tous, chaque partie peut les consulter et s’assurer qu’ils sont conformes aux intérêts de chacun. Ethéreum propose des smart contrats types permettant au programmeur de disposer d’une base de travail ne demandant qu’à être personnalisée.

Les trajets des kilos de déchets enregistrés et sécurisés dans la blockchain seront d’abord suivis du local poubelle jusqu’au trottoir. Ces kilos de déchets sont ensuite transférés vers le compte du prestataire qui en deviendra le possesseur à la fois en consultant la blockchain et en réceptionnant son camion. Le code informatique de ce smart contract est présenté en annexe 1. Si nous ne disposons pas des connaissances suffisantes pour le décrypter, il est cependant intéressant de se rendre compte qu’il ne nécessite que peu de lignes de codes (100 lignes) pour fonctionner ce qui est extrêmement faible pour un programme informatique. Le coût d’investissement pour rédiger un smart contract est donc négligeable et ne nécessite pas le déploiement d’un budget important pour faire appel un prestataire informatique.

Chez AREP le smart contract relatif aux déchets a été rédigé en une semaine. Cette période comprend également l’apprentissage de sa manipulation et de son fonctionnement théorique. Le smart contract étant par nature autonome, dès que la phase de test est passé avec succès, il n’occasionne aucune maintenance et donc aucun coût de fonctionnement.

Les utilisateurs ou plus exactement les personnes connectées à la blockchain n’ont pas besoin de disposer de connaissances informatiques, il n’y a par conséquent aucune nécessité de formation du personnel à prévoir. Ethereum prévoit une application web intuitive disponible sur un smartphone qui indique les tâches à accomplir et les résultats obtenus (annexe 2). Le développement de la couche applicative n’a nécessité qu’une vingtaine de jours pour être paramétrée. La blockchain est complètement transparente pour les utilisateurs, elle n’est qu’un support technologique, dont ils n’ont finalement pas connaissance.

Les seuls coûts de transaction récurrent représentent le coût du minage (validation d’un bloc) qui compte tenu du faible nombre d’opérations à valider restent marginaux (maximum 5 bacs par jour).

La solution blockchain ne nécessite ni un coût d’entrée élevé, ni de dépense de fonctionnement important.

d’un outil d’horodatage sécurisé et incorruptible qui enregistre toutes les transactions, d’une base de données accessibles facilement par une API. Cet outil permet désormais de gérer efficacement et de contrôler automatiquement ses contrats avec ses prestataires.

Elle permet de disposer à moindre frais pour la gare de Massy TGV d’un outil souple, réactif peu onéreux ……..

4.3.2       De la sensibilisation à l’utilisation par les parties

La mise en place de la blockchain  vise à transformer l’organisation interne de la chaîne de tri des déchets et la gestion des contrats avec les prestataires.

La mise en place des outils connectés sur les bacs a été une avancée dans la prise de conscience  des employés. C’était la &ere  integration semainier

Il restait en suspens le dilemme entre le bon respect du semainier et les sollicitations des exploitants. Afin de réduire ce dysfonctionnement, la rédaction d’un smart contract a été créée afin de coder les consignes figurants sur le semainier.

 Désormais, équipés de leur smartphone et de l’API reliée à la blockchain, les agents disposent de consignes cohérentes et incorruptibles leur permettant de justifier leurs actions.

Les déplacements des agents sont de fait optimisés. Ils ont réduit de 3 kms leurs déplacements hebdomadaires. Ils reçoivent sur leurs smartphones contract les consignes à suivre prévues dans le smart contract : l’heure à laquelle ils doivent sortir tels bacs. Lors de la manipulation du bac, le capteur beacons bluetooth envoie l’information du déplacement et de la nouvelle localisation à la blockchain. Le smart contract confirme, sans qu’il y ait besoin d’augmenter le contrôle ou de faire appel à un organe, de la bonne exécution de la consigne. En cas de d’anomalie, l’agent est averti sur son smartphone qu’il est en train de sortir la mauvaise poubelle ou qu’il a oublié de la sortir. Ce dernier a la possibilité de justifier qu’il ne sort pas volontairement un bac si un événement exceptionnel se produit (grève des éboueurs, poubelle vide). Il n’y a plus de besoin de contrôle humain, c’est la blockchain qui joue ce rôle. De plus la vérification de la bonne exécution est immédiate,

L’instauration d’un système de pesée connectée  enrichit et incrémente la base de données dans la blockchain d’une information sécurisée sur le poids des déchets produits. Une nouvelle captation renseigne sur l’heure de la sortie du bac sur la voie publique et du poids de déchets qui va être évacué.

Les mouvements des bacs, sont rendus traçables, par la communication des informations transmises par les objets connectés (balise, pesée) et désormais consultables  par tous les intervenants,   grâce à leurs inscriptions  sur la  blockchain.

Enfin un monitoring permet de lister toutes les opérations de la journée, ainsi AREP et ses prestataires peuvent lire à distance toutes les transactions de la journée : la quantité, la nature et les mouvements des déchets produits. C’est un élément de contrôle très appréciable, comparé à « l’état  déclaratif » transmis annuellement de manière unilatérale par le prestataire de ramassage. Son incidence sera notable pour l’établissement de la facture dont le montant sera établi en référence à des éléments chiffrés fiables, non contestables. Cette transaction, via un smart contract de la blockchain recrée de la confiance entre les partenaires.

4.4        Les bénéfices pour l’entreprise étudiée

Rappelons que le cas qui a fait l’objet de notre étude est localisé à une gare de moyenne ampleur. Ce site est bien représentatif de la diversité des échanges et des interactions qui régissent la chaîne du traitement de déchets dans ce type d’environnement à taux élevé de fréquentation.

L’intervention de la filiale de gares et connexions, AREP avait deux objectifs majeurs : un défi opérationnel visant à structurer la chaîne de tri défaillante et un défi réglementaire pour respecter les textes toujours plus contraignants dans le cadre de la loi sur la transition énergétique.

Le premier mois consacré au recensement des améliorations possibles, a débouché sur un traçage simple du parcours des déchets : de la source de production à leur enlèvement, grâce à des objets connectés peu coûteux mais fiables tel des balises. Cette phase a contribué à reconnecter les employés d’entretien et les prestataires de ramassage.

La poursuite du projet s’est avérée plus ambitieuse : l’appropriation de la technologie innovante de la blockchain. Les transactions sur Ethéreum ont instauré l’utilisation de données sécurisées. Ce dispositif réduira les risques de contentieux potentiels. La numérisation des échanges grâce au token et la rédaction des smart contract ont constitué une décision déterminante pour réussir la rationalisation des opérations.

La gare constate rapidement, plusieurs avantages en fonctionnant avec ce nouveau dispositif. Les employés d’entretien se sont vus intégrés dans le système par l’utilisation d’une API sur leur smart phone simple d’accès. Leur plus grande réactivité engendre des gains de temps important en optimisant l’exécution des opérations. L’ensemble des intervenants disposent des mêmes informations, renforçant nécessairement l’autocontrôle et rendent la chaîne de traitement plus dynamique. De plus le smart contract, correspondant à chaque transaction, est une variable ajustable.

Sur le plan financier, l’amélioration la plus évidente est le volume des amendes en nette diminution du fait de moins de dépôt de bacs en infraction sur la voie publique. Le deuxième point, celui des surfacturations s’est également bien amélioré par l’ajustement des factures de ramassage calculées, sur le poids réel des déchets et non plus sur une évaluation. Les améliorations à venir sur les filières de tri de plus en plus ciblées et dans le recyclage rendu plus systématique et efficace seront certainement sources de gains pour les entreprises.

A ces économies déjà constatées, s’oppose le reproche majeur fait d’emblée à la technologie blockchain, à savoir sa consommation énergétique onéreuse. Cet enjeu est d’importance et constitue un des sujets de réflexion de notre travail. Notre étude de cas, montre que l’expérience de la gare de Massy TGV, à ce stade de son développement, n’apporte pas d’éléments de réponse déterminant à cette interrogation : le nombre trop faible de transactions quotidiennes n’entraînant pas une consommation d’énergie quantifiable, rend non signifiant l’appréciation de cet élément.

Mais, on relève dès à présent que l’utilisation de la blockchain dans le domaine d’activité du tri des déchets réduit les dépenses d’énergies liées à son fonctionnement. En effet, les progrès réalisés en manière de recyclage et de valorisation des déchets rééquilibrent le bilan énergétique. La transposition à grande échelle de cette utilisation amplifiera les gains déjà constatés.

Dans ce cadre de la réorganisation du fonctionnement d’une entreprise s’appuyant sur une technologie innovante, notre seconde interrogation s’est portée sur les conséquences subies par les vecteurs traditionnels que sont les tiers de confiance.

Dans le périmètre restreint étudié, l’intervention de ces experts n’était pas naturelle. La réflexion menée par AREP a été menée à bien en développant et en articulant plusieurs procédés offerts par l’utilisation des smart contracts de la technologie blockchain. Les qualités de sécurité, de fiabilité d’exécution ont été construites et mises en œuvre sans le recours d’un tiers de confiance. De même, les fonctions de transparence et d’accessibilité ont su restaurer la confiance entre les parties et réduire les coûts de contentieux.

Certes, notre étude n’a pas montrer de suppression de ces intermédiaires, mais à chaque étape de la réorganisation, elle a mis néanmoins en évidence la réussite du projet sans que leur intervention ne soit requise. La conclusion bénéfique pour les entreprises est la réduction des coûts de transactions.

Un intérêt supplémentaire de cette forme de réorganisation est que le déploiement de cette technologie est envisageable à l’échelle d’une gare plus grande avec des intervenants plus nombreux générant des transactions plus denses sans remettre en cause le bon fonctionnement des smart contracts. Ce nouveau savoir-faire apportera également une nouvelle offre de service aux concédés qui passaient individuellement un contrat avec un prestataire ; la gare sera désormais à même de reprendre la gestion de l’intégralité des contrats de déchets sur son site. L’adaptabilité des smart contracts servira à l’ajout de maillon supplémentaire dans le réseau. Ainsi l’industrie du déchet pour répondre à un développement croissant des attentes pourront s’appuyer sur cette faculté pour intégrer aisément des filières d’un type nouveaux comme celle des biodéchets dès 2025 ou celle de la réorganisation totale de celle des plastiques tous rendus recyclables en 2030, tel que le prévoit la Commission européenne.

CONCLUSION

Le choix de notre sujet de mémoire a été guidé à la fois par la curiosité et la volonté de découvrir l’histoire d’une nouvelle technologie. La blockchain n’a encore fait l’objet que de peu de recherches et principalement sous l’angle technique de l’informatique ou de la cryptographie ou sous l’angle monétaire du bitcoin. Notre approche a été celle des liens économiques avec l’entreprise, les incertitudes et les risques inhérents, mais aussi les apports à la croissance de la valeur de celle-ci.

 

Les nouveaux outils mis à la disposition des dirigeants, par l’intermédiaire des smart contracts représentent une vague d’innovation de grande amplitude qui est à même de bouleverser les échanges internationaux. Les sociétés qui commencent à se les approprier ont pour objectifs de s’engager dans une refonte des rouages de leur organisation et aussi des relations avec leurs fournisseurs et clients.

La société de consommation du XXIème siècle a développé des exigences de sécurité, de transparence, et de traçabilité envers l’ensemble des produits à sa disposition.

Pour preuve, entre 2016 et 2017, plusieurs secteurs majeurs de l’économie internationale (l’agroalimentaire, les transports maritimes) ont porté une attention grandissante à cette technologie innovante. Des sociétés comme Walmart aux USA, Alibaba en Chine, ou Carrefour en France mettent en place des blockchains pour créer des chaînes logistiques numériques.

Bien sûr ces entrepreneurs savent qu’en intégrant ces nouveaux processus ils ne règleront pas toutes leurs difficultés. Il est, toutefois, incontestable que le suivi en temps réel grâce à des capteurs électroniques fiables, réduira les fraudes, la contrefaçon, les « disparitions » de palettes ou de conteneurs. L’historique de leurs parcours, inscrit sur la blockchain, codé, horodaté et infalsifiable, facilitera la détection de l’incident qui retarde voir invalide une livraison. Les données sont consultables par l’ensemble des parties concernées par la transaction. La réactivité, qui sera d’autant plus rapide, permettra de trouver des solutions moins coûteuses et plus appropriées que si un long délai s’était écoulé (aléas climatiques, rupture de chaîne du froid, ralentissement sur le temps de parcours).

Les premiers résultats tangibles de l’utilisation de la technologie apparaissent dans la diminution des frais de fonctionnement, la réduction des délais, des recours aux tiers de confiance moins fréquents.

Les apports de blockchain paraissent prometteurs dans les secteurs de la supply chain (logistique de l’approvisionnement). En particulier, le secteur du transport maritime des conteneurs est soumis à une très fréquente production de documentation pour justifier l’origine, le trajet et la destination finale des marchandises. Le port de Rotterdam (source Blockchain partners) à commencer à tester l’utilisation de la blockchain pour simplifier et sécuriser son organisation. Ce projet d’envergure a pour champ d’expérimentation les parcours des bateaux qui actuellement doivent faire subir à leur cargaison en moyenne 30 contrôles avec visa sur support papier. La rationalisation et la numérisation des données va de toute évidence simplifier ces contrôles en les automatisant. Le coût de traitement et d’administration représentant 1/5ème des coûts de fret maritime, à terme ce sont des économies de plusieurs milliards qui sont attendues.

Compte tenu du poids économique et de l’implication d’entreprises de niveau international, il sera particulièrement intéressant que des études soient menées pour analyser les résultats et les conséquences de ces bouleversements dans le commerce maritime.

Après quelques années de pratique, les procédures vont sans doute se perfectionner et se diversifier et seront utiles alors à ces établissements précurseurs pour se différencier de leurs concurrents.

Certes l’enjeu commun à la création de ces blockchains est d’instaurer ou de renouer la confiance entre les partenaires. La qualité et l’authenticité de leurs produits et la fiabilité de leurs services feront d’autant partie de leur image qu’elles la valoriseront. La start-up Everledger, utilise la blockchain en rendant possible le suivi d’un diamant de son extraction à sa ou ses ventes en inscrivant ces données de manière incorruptible dans le registre crypté et décentralisé. Cette particularité diminue le risque de fraude par rapport à des certifications papiers (modifiables) en dépôt chez un seul détenteur, tiers de confiance (faillible). Elle développe pour les diamantaires des critères d’expertise augmentant la qualité de ses services par rapport à celles de ses concurrents.

En conclusion nous reprenons les interrogations de Patrick Woelbroeck, professeur à Télécom ParisTech, publiées en août 2017, dans le cahier de veille de la Fondation Mines-Télécom. « De par sa nature décentralisée, la technologie blockchain nourrit les espoirs de forger une confiance robuste entre les acteurs économiques. Mais bien qu’elle présente des atouts uniques, elle n’est pas non plus parfaite. Comme pour toute technologie, le facteur humain est à prendre en compte. À lui seul, il justifie de considérer avec précautions le plébiscite formulé à l’égard de la blockchain, et de rester vigilant sur les arbitrages effectués par les communautés de décideurs ».

Bien loin d’être uniquement techniques, les enjeux de la blockchain ont trait à la gouvernance, et à la définition même des solutions qui permettront de répondre à la question de confiance dans les interactions humaines. Certes, mais il faudra qu’elle tienne aussi sa promesse la plus ambitieuse, celles d’être un outil de relation d’égal à égal au service de tous.

ANNEXES

  1. Smart contract

Source : https://github.com/etienneburdet/simple/blob/master/imports/ui/wastes/addWaste.js

 

 

  1. Interface de programmation applicative (API) sur un smart phone

 

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[78] Vitalik Buterin : programmeur canadien d’origine russe, co-fondateur d’Etherum

[79] https://www.crypto-france.com/ethereum-vs-bitcoin/

[80] Article 1582 du code civil

 


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